Pamela Anderson contre le foie gras : le pur sexisme du Petit Journal [Coup de gueule féministe #3]

Pamela Anderson contre le foie gras : le pur sexisme du Petit Journal [Coup de gueule féministe #3]

Lettre ouverte à l’émission « satirique » qui renforce le cliché de la blonde débile et de la végétarienne naïve et sans fondement

Madame, monsieur,

Téléspectatrice du Petit Journal, je n’ai raté aucune émission depuis bien des années. J’aime son format pop et sa capacité à nous montrer des images plus décalées et bien différentes de toutes les autres émissions du PAF. C’est pour cela qu’il me tient à cœur de vous écrire aujourd’hui pour exprimer ma consternation au regard du traitement par l’émission de l’arrivée de Pamela Anderson en France pour défendre la cause animale et soutenir une loi contre le gavage d’oies.

On sait bien qu’être moqueur fait partie de la marque de fabrique du Petit Journal, mais j’ai été atterrée par la bassesse, le manque de recul et, finalement, le sexisme dont il a fait preuve à cette occasion.

Tout le long des séquences consacrées au sujet dans les émissions du 21 et du 22 janvier, le ton adopté pour parler de l’actrice-activiste est assumé comme ironique et dévalorisant, sans aucune justification. On peut donc poser la question : parce que c’est une « mauvaise actrice », on peut critiquer son activisme ? parce qu’elle est considérée comme une bimbo, ayant posé pour Playboy, ayant eu recours à la chirurgie esthétique, elle ne mérite pas d’être entendue ? Si ça ce n’est pas du sexisme et du snobisme primaire…. Le premier plan vidéo pour introduire le sujet descend sur la poitrine de la star, pendant que Yann Barthès la qualifie de « distinguée » d’un ton ironique, blague qui reviendra plusieurs fois dans les séquences, notamment avec un ancien témoignage micro-trottoir. Puis, pour décrire son arrivée à l’Assemblée Nationale, il la décrit comme « Pamela Anderson, qualité principale : courir sur la plage ». C’est beau la réduction d’une personne à son apparition télé de belle blonde qui court dans un générique. Mais la suite est plus belle encore : « deuxième qualité, la lucidité. Elle sait que sa carrière ne serait jamais époustouflante, du coup, elle existe avec cette mission qu’est de sauver les animaux. » Il est vrai que vu la popularité du combat vegan aujourd’hui, elle ne l’a probablement choisi que pour être en vogue, surtout en France. C’est fou de voir la tranquillité avec laquelle Yann Barthès assène une charge aussi violente. Qu’est-ce qui autorise quiconque à juger les raisons pour lesquelles une personne s’engage dans une cause, sinon elle-même ? Pourquoi ne le ferait-elle que pour faire parler d’elle ? Ce n’est pas parce que sa carrière d’actrice serait critiquable ou faible que son activisme est forcément superficiel. Le lien fait directement ici me paraît simpliste et insultant.

Le Petit Journal qui vole bas : la décrédibilisation gratuite

Je connais mal la personne, et ne lui voue d’ailleurs aucun intérêt particulier. Elle est sûrement loin d’être parfaite, et moins experte que ceux dont l’activisme est le métier, comme Paul Watson (Fondateur de l’association Sea Sheperd, sa « béquille » qui l’a accompagnée à « C à vous » et à l’Assemblée Nationale). Mais la réduction sexiste de votre sujet afflige la féministe et végétarienne que je suis. Il faut savoir que cela fait des années que Pamela Anderson s’engage pour la défense des animaux. Elle est vegan (ne consomme aucun produit d’origine animale, ni dans la nourriture, ni dans tout objet de consommation) et a déjà apporté son aide à des associations comme la PETA et Sea Sheperd. Elle met ici à nouveau sa notoriété au service d’une cause, comme le font d’autres personnalités comme Sean Penn ou Bono. La stratégie se révèle payante, étant peu probable que les médias, y compris Le Petit Journal, se soient saisis de la proposition de loi de la députée Laurence Abeille sans la présence de l’ancienne actrice. Pourquoi Pamela Anderson, plus qu’Angelina Jolie ou Leonardo DiCaprio, devrait-elle prouver la sincérité de son engagement ? La seule réponse du Petit Journal semble être la suivante : elle serait une mauvaise actrice doublée d’une blonde écervelée. Sexisme et décrédibilisation font souvent bon ménage. De même, la moquerie consistant à dire, dans l’émission du 21 janvier, qu’elle n’est venue que pour vendre des chaussures, est bien basse. La star a effectivement lancé une ligne de chaussures vegan, et en a offert une paire aux présentatrices des émissions où elle est passée. Elle était d’ailleurs de toute façon invitée au Grand 8 pour parler de cette initiative, et cela ne paraît pas choquant qu’elle en offre un échantillon. Cela a au moins le mérite de faire prendre conscience que les vêtements aussi ont leur part dans la souffrance animale. Je doute que le seul but de la star ici soit purement commercial, et le pointer comme tel ajoute a sa décrédibilisation, et à celui du combat vegan. J’ai bien compris qu’il s’agissait principalement d’humour et d’exagération, mais la vieille technique du « C’est pour rigoler », très répandue dans les mentalités sexistes et le slut shaming d’ailleurs, rencontre aussi ses limites ici.

Aucun message de fond et rien de drôle

Juste avant le passage sur son arrivée dans la salle du Palais Bourbon où elle fera son discours, un message « d’avertissement » nous explique que « Pamela » sera filmée avec plan large car « elle est vraiment trop belle » (je suppose qu’il est sous-entendu que son physique est trop difficile à voir de près). C’est une attaque pure et simple sur l’apparence.

Cela précédait donc son discours. J’aurais bien voulu juger par moi-même de la teneur de celui-ci, mais votre émission a choisi de la couper. Si vous preniez vos téléspectateurs pour des gens intelligents, qui se seraient rendus compte de la potentielle stupidité d’un propos, vous auriez pu diffuser des extraits de l’intervention, mais vous avez préféré laisser votre présentateur nous le résumer en ces mots, avec un ton de petite fille agaçante : « Le foie gras c’est pas bien ».

Le Petit Journal demande ensuite une réaction aux députés, en commençant par l’affirmation qu’ils mentent en disant être indifférents à la venue de l’actrice. Car un homme, ça aime les blondes à forte poitrine. S’ils disent le contraire, ils mentent. Ajoutons que, sûrement pas assez satisfaite de la tenue de l’actrice à l’Assemblée, trop couvrante, l’équipe du LPJ a ajouté pendant cette séquence des photos d’elle plutôt dénudée. S’en suivent des commentaires sexistes de la part des parlementaires (« Pas de silicone dans mon foie gras », « On est à l’Assemblée on n’est pas là pour avoir des prothèses »), que Yann reprend peu (à part en disant une fois « Ah oui c’est humoristique ça! »), comme si ce n’était pas assez grave pour en valoir la peine. Le public, lui, rigole. La seule critique intelligente qui aurait pu être faite sur cette situation a été esquissée par la députée Brigitte Bourguignon, qui considère qu’une telle peoplisation ne serait pas forcément judicieuse, ce dont on peut effectivement débattre. Yann Barthès l’esquisse aussi en soulevant le fait qu’aucune séance de question/réponse n’était prévue lors de l’intervention susmentionnée.

Mais au final, l’angle du sujet est resté celui de « Une actrice blonde peroxydée de seconde zone est trop moche maintenant avec sa chirurgie esthétique pour qu’on la filme, et n’a aucun message à apporter, elle est trop conne pour penser et cherche juste à exister, les blagues sexistes sont donc justifiées », et c’est bien dommage.

Le comble du cool : ridiculiser les défenseurs des animaux

Précisons que ces sujets ont été introduits plusieurs fois par un générique « dossier gavage d’oie » d’un goût douteux, consistant en un mélange incompréhensible de musique d’Alerte à Malibu, de plan de la poitrine de Pamela Anderson montant vers son visage, et d’oies qui gambadent, finissant sur une image de foie gras. Quel humour et quelle subtilité. Un bel exemple de la distance prise avec la réalité à travers la rigolade, pour ne pas adresser un problème inhumain. Sans compter qu’il ramène la personne concernée à son statut d’actrice de sitcom, quand elle vient défendre une cause, un combat qu’elle mène depuis des années. Mais cela supposerait d’admettre que même les blondasses sont capables de penser.

Ce qui m’amène à la façon dont vous traitez la cause du gavage et du végétarisme/veganisme, ou plutôt à la manière dont vous ne la traitez pas.

On aurait pu croire que la critique de la superficialité du propos de la personne concernée serait liée à l’importance de la cause, que le but était de dénoncer qu’elle desservait en fait son engagement. Il n’en est rien. Le Petit Journal n’adresse même pas la problématique qui est en fait tout le sujet de la venue de l’Américaine à Paris, sinon en la tournant en ridicule dès le début. Le côté « humoristique » du « Dossier gavage d’oie » se moque ouvertement de tous ceux qui considèrent qu’il s’agit d’une pratique abjecte, meurtrière et archaïque. Le joyeux bashing est ensuite prolongé par l’invisibilisation de la cause, en ne diffusant pas les arguments proposés, en le résumant par une moquerie (« le foie gras c’est pas bien », répété à l’envie), et en décrédibilisant le porteur du message, ce qui est tout l’objet des paragraphes précédents. Evidemment, la ligne éditoriale de l’émission est libre et j’ai bien conscience qu’il n’est pas inscrit dans ses missions de devoir parler du véganisme ou de quelconque autre cause. Mais l’évitement assumé d’un tel thème, alors même que c’est de celui-ci que le sujet traite, relève du génie de mauvaise foi. Cette distance et raillerie vis-à-vis de la cause ont d’ailleurs pu déjà être observées lors de la venue de Mélanie Laurent sur le plateau, pour parler du film Demain qui évoque brièvement le végétarisme, mode de vie embrassé par la réalisatrice. La seule manière d’aborder le sujet a été de demander ce qu’il restait quand on arrêtait la viande, « à part du quinoa ? ». Sans la laisser formuler une réponse de plus de cinq secondes. Tout en ayant échoué à essayer de montrer que l’écologie n’était « pas si chiante », et en ayant plutôt renforcé l’image négative avec des vieilles blagues clichées. J’admets que de toute façon, le Petit Journal n’est pas forcément le meilleur plateau pour qu’un invité parle d’idées « nouvelles » et qui dérangent, sans être moqué par la ligne cool et mainstream de l’émission.

On pourra m’objecter que si je n’aime pas ou plus l’émission, je peux arrêter de la regarder. Rassurez-vous, c’est ce que je vais probablement faire, mais j’ai pensé que donner mon avis et expliquer pourquoi certains de vos actes me semblent problématiques peuvent être potentiellement plus bénéfiques pour changer les esprits que de me taire, en espérant que quelqu’un lise ce courrier. Il faut parfois prendre un certain recul et pointer les propos et images limites pour pouvoir se rendre compte qu’ils posent problème. Peut-être aussi que d’autres que moi auront réagi, et qu’au bout d’un moment, dans votre équipe, vous réfléchirez autrement à la manière dont vous traitez parfois les femmes dans votre émission, et à la légèreté avec laquelle vous parlez de choses graves. J’espère aussi que vous mettrez votre forte audience au service de l’information sur des causes légitimes et fondamentales, comme vous le faites quand vous éclairez votre public sur les droits des femmes en Iran ou en Inde. Si vous faites le choix de ne pas parler (ou peu) de ces problématiques (viol, discrimination, égalité hommes-femmes) dans notre pays, essayez au moins de ne pas renforcer cette violence symbolique (et pas seulement). Car les blagues sexistes renforcent la domination masculine qui existe dans toutes les sphères économiques, sociales et politiques, et qui mène à l’objectivation de la femme et donc aux violences qui en découlent.

Peut-être que je me trompe sur vos intentions, sûrement qu’au Petit Journal on se dit féministe; clairement également, l’émission a plusieurs fois pointé les dérapages sexistes de personnalités, ou encore les élucubrations de la Manif pour tous. Mais j’avoue avoir du mal à saisir le message derrière ces séquences-ci. On comprend la critique de l’hypocrisie des journalistes qui viennent plus pour la célébrité que pour la proposition de loi (mais elle apparaît de bien mauvaise foi quand vous-même invisibilisez son discours en ne parlant que de sa « plastique » et de son passé). Mais à part cela, à première vue, il n’y en a pas, de message, d’apport informatif, ou de contenu pouvant vraiment divertir et faire rire. On sent en filigrane la critique d’incompétence et d’opportunisme d’une célébrité, mais elle est noyée dans un flot de bassesses, d’ignorances et de reproches mal à propos. On perçoit bien en revanche l’envie d’un bon gros foutage de gueule envers une actrice, une femme, qui a fait des choix esthétiques personnels, qui défend une cause à laquelle elle croit, en mettant à profit sa notoriété notamment, pendant que la majorité des gens continuent de cautionner la torture et l’abattage de milliards d’êtres vivants. Mais c’est elle qui était à blâmer, elle était seulement venue « vendre des godasses ».

Ecrit par Déborah Liss

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