Fuir pour vivre, un témoignage historique impressionnant!

Fuir pour vivre, un témoignage historique impressionnant!


 Erika et Klaus Mann en 1927
Coup de cœur « culture » et purement personnel cette semaine. J’ai fini récemment le bouquin de Klaus et Erika Mann Fuir pour vivre, et je vous encourage à le lire.
Le contexte : Erika et Klaus Mann naissent en 1905 et 1906 dans la famille de l’écrivain Thomas Mann, et au sein d’une fratrie de 6 enfants. Ils commencent à suivre les traces de leur père, en écrivant dans des journaux, puis leurs propres œuvres, même si ils vont être surtout tournés vers le théâtre, notamment pour Erika. Mais en 1933, catastrophe : Hitler arrive au pouvoir. Les « presque jumeaux » vont s’exiler immédiatement. D’abord la Suisse, puis les Etats-Unis. A l’origine peu politisés et partisans d’une littérature purement artistique, l’électrochoc nazi va les pousser à s’engager. Arrivés en Amérique en 1938, ils publient en 1939 Escape to Life (Fuir pour vivre), ouvrage polymorphe, à la fois pamphlet, paysage de la vie culturelle allemande, et essai sur les difficultés de l’exil et l’état contemporain et futur du monde.
Les Mann vont en effet brosser le court portrait de centaines de représentants exilés de la culture allemande, en s’attardant tour à tour sur les écrivains, les metteurs en scènes, les acteurs, les danseurs, et même les scientifiques.  Ils dépeignent ainsi au lecteur les aventures d’Einstein, de Marlene Dietrich, de Fritz Lang, de Stefan Zweig, de Peter Lorre ou encore Else Lasker-Schüler. On apprend qui a fui, quand, pourquoi, comment, et quelles sont leurs situations au moment où le livre est écrit.
Un témoignage historique poignant
Ce qui est remarquable, impressionnant et passionnant dans ce bouquin, c’est qu’on a l’impression d’avoir le privilège de s’immerger au cœur de l’Histoire, mais à travers les yeux de ceux qui l’ont vécu, et pas grâce à des manuels. C’est un pan de l’Histoire mondiale raconté d’un point de vue personnel, et agrémenté d’anecdotes. Leur histoire personnelle se mêle à l’histoire avec un grand H. Cela rend le sujet du livre plus vivant, plus concret, tout en le rendant parfois presque plus romancé, car les auteurs restent de talentueux écrivains. Quand ils parlent de leur famille, de leur père Thomas ou de leur oncle Heinrich, c’est pour raconter, au même titre que tous les autres, leur réaction à l’arrivée des nazis au pouvoir, et leur situation d’exilés. Ils en parlent en tant qu’auteurs. Ils parlent ensuite de leurs réactions personnelles à tous les événements depuis qu’Hitler est chancelier, le dernier en date au moment de la parution du livre étant l’annexion de l’Autriche, qu’ils vivent comme quelque chose de terrible. C’est aussi très perturbant, en sachant la suite, de lire l’incertitude des auteurs, qui ne peuvent pas être sûrs qu’une 2eguerre mondiale va se déclencher. Cependant, on remarque qu’ils sont très pessimistes, et l’apport de leur ouvrage est aussi de prévenir le monde du danger qu’Hitler représente, car, ils en sont quasiment certains, son ascension va faire courir l’Europe à sa perte.
Un essai personnel et un pamphlet
C’est qu’au-delà de la narration, Fuir pour vivre est aussi un essai sur la situation du monde, sur Hitler, sur le nazisme, le fascisme, sur ce qu’il faut combattre. Quand il s’agit de parler de leur ennemi absolu, les Mann font fi de toute considération objective ou descriptive, et cela n’est pas leur but. Ils le disent, ils l’écrivent, Fuir pour vivre se veut être une défense des vrais représentants de la culture allemande, et une critique virulente, voire une alerte concernant l’usurpateur, l’agité nazi. Les Mann ne lésinent pas sur dénominations insultantes et méprisantes pour qualifier Hitler et ceux qui le soutiennent, et on peut sentir leur dégoût et leur amertume de manière très forte. Plus frappant encore, on se rend compte qu’ils savaient tout ! En racontant les déboires de leurs collègues, les auteurs évoquent les camps de concentration, dont certains de leurs amis ont fait l’expérience et en sont revenus. Dire qu’au stade de ce livre, la guerre n’avait même pas commencé, et qu’il faudra encore attendre sept ans pour être débarrassés des nazis…
Mais de manière plus personnelle, Fuir pour vivre est aussi un essai sur la vie en exil. Tout au long des chapitres transparaît la difficile expérience que les Mann sont en train de vivre. Car pour eux l’émigration forcée est une véritable punition, une épreuve, une expérience dans laquelle les immigrés doivent se tenir les coudes et se soutenir. Ce que l’on apprend aussi dans cette perspective, c’est la vie d’un immigré allemand en 1938 aux Etats-Unis. On se rend compte à quel point il sagit d’une véritable petite communauté, et comment celle-ci va s’efforcer de maintenir vivante la culture allemande, et de continuer à faire vivre ses racines. Bien que les Mann aient fui avant d’être inquiétés par les nazis (ils n’étaient pas juifs mais auraient dans tous les cas été mal venus, puisque comme disent Erika et Klaus, les nazis détestaient la culture, la vraie littérature, tout ce qu’ils ne comprenaient pas), ils vivent leur exil comme une émigration forcée, car ils n’auraient pas supporté de rester une seconde de plus dans un pays dirigé par les national-socialistes.  Ils devaient partir.
Un récit contemporain tout droit venu de l’entre-deux guerres…
Ensuite, ce qui est aussi impressionnant, c’est que leur livre va au-delà du simple témoignage de son temps. Il va traiter de choses ô combien actuelles, et donne parfois l’impression qu’il aurait pu être écrit aujourd’hui. Cela met à mal les présupposés qu’on a parfois des époques passées, car si les années 30-40 nous paraissent loin et vieilles, des auteurs de cette période se révèlent pouvoir être nos contemporains. Erika et Klaus Mann vont parler d’homosexualité (sans jamais évoquer leur cas personnel, le poids de leur époque pèse peut-être tout de même ici), d’immigration évidemment, et certains extraits trouvent un écho très actuel, mais aussi d’euthanasie. Ils font preuve d’un modernisme impressionnant.
Bref, Fuir pour vivre c’est l’ouvrage de deux jeunes artistes allemands qui expriment par la narration leur mal-être causé par l’éloignement de leur pays, éloignement géographique mais aussi culturel, puisqu’ils voient leur Allemagne disparaître et se faire remplacer par l’Allemagne nazie. C’est aussi un bel essai sur des thèmes de société, une défense virulente de la « vraie » culture allemande, et une critique tout aussi virulente du fascisme et du nazisme. C’est un hommage à leurs amis résistants, morts, vivants. Et c’est un témoignage historique exclusif, que je recommande vivement !
=> Mann Erika et Klaus, Fuir pour vivre, Editions Autrement, Paris, 1997.
Ecrit par Deborah L

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