Comment tendre vers le zéro déchet (et contourner le capitalisme)

Comment tendre vers le zéro déchet (et contourner le capitalisme)

On est d’accord, les actions qui auront un vrai impact sur le climat sont celles qui seront entreprises par les gouvernements, qui se foutent bien de notre gueule en culpabilisant les particuliers tout en continuant à autoriser ce qui détruit la planète. Aussi, on ne réussira qu’avec une grosse moralisation du capitalisme (au grand minimum). Mais en même temps, il y a pleeein de choses qu’on peut faire et qui seraient déjà pas mal si tout le monde essayait, sans faire de grands efforts. Bien sûr, on doit se débrouiller dans le cadre de nos contraintes, avec un contexte de suremballage contre lequel on ne peut pas toujours grand-chose, mais il y a parfois des choses auxquelles on n’avait pas pensé ou qu’on pensait trop difficiles à faire.

Et c’est le moment où je partage avec vous ma passion pour le zéro déchets non-recyclables, avec plein de petits conseils. Parce qu’on sait que la production de plastique à plein régime, ça craint, et que les emballages c’est une cata. Il ne s’agit pas ici d’être moralisateur, mais vraiment de donner des idées et de partager mon enthousiasme avec ceux et celles qui ont la possibilité de changer un peu leur vie de tous les jours pour enrayer la surconsommation et la production de déchets non-recyclables qui seront brûlés ou éparpillés dans la nature… ou dans l’océan.

Je ne prétends pas du tout être une spécialiste de la question, je n’ai d’ailleurs pas encore réussi à être complètement plastic-free ou sans déchets du tout, mais j’essaye… Et je vous renvoie vers d’autres ressources si ça vous intéresse, comme des blogs de familles zéro déchet et autres bouquins comme celui de Bea Johnson. Aussi, je suis consciente que certaines démarches demandent du temps et une grande disponibilité, et que pour des courses comme l’alimentaire, le gain financier n’est pas évident. Ce sont des idées et chacun.e fait ce en fonction de ses possibilités ! :)

Réussir à dire non pour stopper la surconsommation

Alors déjà, une des règles d’or du zéro déchet, c’est de faire « entrer » moins de choses : tout simplement consommer moins, dire non, ne pas créer de surplus inutile. Ça peut être difficile car on parle de la vie dehors, dans les commerces, avec son entourage etc. C’est penser à demander son soda sans paille (voire acheter une paille réutilisable, en inox, et se balader avec) et éviter d’utiliser les baguettes dans les restaurants asiatiques (on peut même venir avec ses propres baguettes, si, comme moi, on a un super petit frère qui nous en a ramenées de très jolies du Japon). C’est venir avec ses propres sacs / sachets quand on fait les courses ou du shopping, pour ne pas repartir avec un sac en plastique de marque de prêt-à-porter… Ça paraît tout bête, mais j’ai l’impression que peu de gens se baladent avec leurs propres sacs… Ça veut aussi dire éviter les papiers cadeaux jetables, préférer utiliser des tissus réutilisables, emballer dans des sacs en coton etc, etc. Certain.e.s ont aussi passé le cap de demander à leur entourage d’arrêter de leur offrir des cadeaux matériels ou en tout cas neufs et emballés. De préférer des cadeaux de quality time (des « bons » pour des moments ensemble, des bons cadeaux en escape game, laser game, parc de loisirs, sortie au ciné, au théâtre, aux thermes ou au spa, etc etc), ou d’occasion. Ensuite, il y a la question de manger dehors, en pique-nique ou sur le pouce : avec un peu d’anticipation, on peut faire des pique-nique zéro déchet, si on a le temps de préparer des tups, si on se sent de demander à la boulangerie tel sandwich sans l’emballer, etc. Avec le temps, il y aura peut-être même des fast food ou des endroits de petite restauration qui permettront de repartir avec tout dans ses propres contenants. A Strasbourg, un petit resto à burgers vegans permet déjà de le faire : on vient avec ses tups, et à la fin de son repas à emporter, on a produit aucun déchet (et au pire, tous leurs déchets sont compostables).

Le vrac le vrac le vrac

L’idée d’emmener ses sacs pour faire du shopping est évidemment à appliquer dans ses courses alimentaires, et c’est là qu’entre en jeu ce qui va changer vos courses et vos corvées ménages : le vrac. Dans la mesure du possible, acheter ses produits secs en vrac, c’est la base. Avec de plus en plus de boutiques en vrac dans les villes et avec les marchés, il paraît de plus en plus absurde d’acheter ses pâtes, riz, légumineuses, fruits et légumes emballés dans du plastique… Dans les épiceries vracs où je vais, je viens avec mes bocaux et tups et je repars avec autant de variétés de pâtes et de riz que je veux, mes pois chiches, lentilles, haricots rouges, blancs, mes pois cassés, mon muesli… mais aussi des gâteaux d’apéro, des biscuits, des gâteaux, du chocolat à la coupe, et toutes les épices que je veux, ainsi que du thé et du café… Alors évidemment c’est bien plus difficile pour le fromage par exemple, ou des produits préparés qu’on ne trouve pas autrement. Mais même en supermarché, on peut limiter les emballages, en prenant les fruits et légumes sans sachets, ou en revenant avec ses sachets en papiers déjà utilisés, ou en prenant du fromage et autres plats préparés au rayon « traiteur ». J’ai été dans un Auchan qui était d’accord pour que je vienne avec mes propres emballages dans leur rayon traiteur. Pour le reste, on peut essayer d’acheter un maximum de choses emballées en carton ou en verre, parce que ce sont des matériaux qui se recyclent et donc largement moins pires que le plastique. Une des plus grosses plaies, ce sont les pots de yaourt, que j’ai personnellement arrêté d’acheter. Je prends des gros pots de compote en verre, ou des crèmes types La Laitière, en verre aussi. Mon péché, c’est le couvercle en aluminium dessus…

J’ai aussi banni les bouteilles en plastique. Je n’ai jamais trop acheté d’eau en bouteille, mais ai toujours eu besoin d’en avoir une petite dans mon sac. Maintenant, j’en achète en verre ou en matériau plus durable, et je me balade partout avec. C’est meilleur pour la santé, meilleur pour l’environnement, et plus économique sur le long terme. Il paraît que le mieux, c’est la gourde en inox de chez QWETCH, il faudra que je m’y mette.

Le must, c’est quand même quand on a un jardin et qu’on peut faire pousser pas mal de ses légumes soi-même. Mais c’est comme pour le reste, ça demande du temps et des ressources… Cependant, même en appartement, on peut déjà éviter d’acheter son basilic frais et autres herbes aromatiques emballés dans du plastique, en les faisant pousser chez soi. C’est simple, c’est bon, et ça ne prend pas trop de place ou d’entretien.

Il en est de même pour le compost : il m’est apparu de plus en plus absurde de jeter des restes alimentaires et autres épluchures dans des sacs poubelles en plastique. Heureusement, même en ville, il y a des composts collectifs où vous pouvez jeter tous vos restes, y compris les coquilles d’œufs, y compris les sachets de thé (mais si vous êtes des vrais, vous n’avez plus que du thé en vrac ;)). Seules les miettes de pain ne se compostent pas (et les restes de viande, mais là j’ai choisi d’imaginer un monde sans viande). J’ai eu vraiment de la chance puisque j’ai trouvé un compost collectif en bas de chez moi en libre service. Toujours autour de la cuisine, on peut bannir l’aluminium et ranger dans des boîtes, bannir les couverts, gobelets et assiettes en plastique pour privilégier du réutilisable, et pareil pour le papier cuisson, qui existe en non-jetable !

Voilà pour l’alimentaire. Et la bonne nouvelle, c’est qu’on peut enchaîner sur les produits d’entretien et d’hygiène !

Not all heroes wear capes : super-bicarbonate and captain vinaigre blanc

Le capitalisme exacerbé nous a fait croire qu’on avait besoin de très nombreux produits différents à racheter régulièrement, surtout quand il y a un nouveau visuel, parce qu’on croit que 15 gels douches de couleur différente dans notre salle de bain, c’est joli. Et après on (je) réalise qu’on peut avoir les mêmes produits en version réutilisable et un horizon des possibles s’offre alors à nous : coton-tiges, éponges, cotons démaquillants, sopalin… Que des choses dont on n’a pas vraiment besoin ou qu’on peut arrêter de racheter régulièrement. Même si le sopalin, c’est bien pratique, on peut se débrouiller avec torchons et chiffons microfibres. Les coton-tiges, on jette. Le reste, on achète en réutilisable, sur les nombreuses boutiques en lignes d’artisans qui les confectionnent avec amour (j’imagine). La base, c’est aussi les mouchoirs. Eh oui ! Nos grand-mères avaient raison (à ce sujet tout du moins). J’avoue que je suis tellement happy depuis que j’ai acheté mes éponges et mouchoirs en tissu trop choupis. Parmi les meilleurs cadeaux qu’on ait pu m’offrir, il y a eu les cotons démaquillants et le sopalin réutilisables.

J’ai aussi découvert qu’on pouvait faire du zéro déchet en produits ménagers, toujours avec la première règle du ZD : limiter les entrées. On n’a pas besoin de 40 produits différents pour chaque pièce de la maison. On peut faire beaauucoup avec du bicarbonate de soude et du vinaigre blanc, qu’on peut d’ailleurs aussi acheter en vrac avec des contenants réutilisables. On peut fabriquer ses propres produits ou juste retourner en acheter dans les boutiques vracs, qui (pour certaines) proposent tous les types de produits, si on tient à en avoir pour les toilettes, pour les vitres, pour les plaques de cuisson, pour le sol, pour la tuyauterie… Au moins, on évite de racheter régulièrement les bouteilles en plastique correspondantes.

Hygiène et soins : le strict nécessaire, fait maison, en vrac ou réutilisable

Ensuite, zéro déchet ne veut pas dire arrêter de prendre soin de soi. C’est comme les mouchoirs et les coton-tiges, on n’est pas obligé d’acheter du jetable tous les quatre matins. Si la plupart des bouteilles de shampoing et gels douche sont recyclables, on peut carrément passer au vrac, en prenant des savons et shampoing solides et sans emballages. Et bio ou naturels si possible. Plus de démaquillant pour moi mais un flacon en verre d’huile d’argan bio (j’ai conscience que pour des peaux à problèmes spécifiques, on fait ce qu’on peut avoir les produits à disposition). Plus de spray pour le déo mais un genre de stick acheté en vrac. On peut aussi le fabriquer soi-même. Pareil pour le dentifrice, qui peut être acheté en vrac ou fabriqué soi-même (je dois encore passer le cap mais en ce moment je suis parano à cause de nombreux problèmes de dents donc j’ai un bon vieux truc au fluor, voilà, vous savez tout). Pour contrer le fléau des brosses à dents en plastique, on peut en acheter en bambou compostable / recyclable. Elles durent un peu plus longtemps que celles en plastique et ne finissent pas dans les océans. Celle que j’ai est compostable pour la partie manche et recyclable pour la partie poils en nylon. Et puis il y a la coupe menstruelle, dont j’avais déjà parlé, qui évite d’acheter continuellement des tampons jetables et est beaucoup plus économique sur le moyen-long terme. Si on a du mal, on peut tenter les tampons bio compostables, et les serviettes hygiéniques ou protège-slips réutilisables en coton bio. TOUT EXISTE, et c’est ça qui est génial. En plus, on fait marcher les petits commerces et artisans. Pour l’épilation, c’est mieux de choisir rasoirs et épilateurs électriques plutôt que d’utiliser de la cire ou de la crème dépilatoire, mais en même temps, chacun.e fait ce qu’il peut, surtout dans ce domaine. Le niveau ultime d’un point de vue écolo reste de ne pas s’épiler du tout. L’autre niveau ultime dans le domaine intime, c’est le PAPIER TOILETTE. Face à l’absurdité de jeter du papier dans des toilettes et les canalisations, on peut avoir envie de chercher des alternatives : des lingettes lavables, ou le jet d’eau ! (réhabilitons les bidets). Les plus courageux et courageuses (et égalitaires dans le couple, sinon c’est vraiment l’arnaque), choisiront aussi l’option couches lavables. Comme pour le reste, tous ces produits sont trouvables en boutiques vrac ou sur Internet. Je suis tombée sur ce site qui propose de très nombreux produits pour bannir le plastique, ça vous donnera peut-être des idées !

Réparer, donner, faire circuler, et kiffer

Enfin, dans le zéro déchet, on préfère réparer que racheter du neuf, acheter de l’occasion que du neuf, etc. J’ai vraiment des progrès à faire, même si je n’achète pas beaucoup de manière générale, mais je ne fais pas non plus vraiment réparer. Or, c’est assez sympa de passer par des friperies, de rejoindre par exemple des groupes Facebook qui favorisent l’échange, le don, le troc, toutes ces manières d’éviter que tous nos vieux trucs finissent à la poubelle ou à la déchetterie, alors qu’ils peuvent encore servir ou être réparés. Des décorations de Noël aux produits électroménagers en passant par les habits, on peut changer le paradigme en faisant circuler, en donnant, en redonnant, en échangeant. Cela demande peut-être parfois plus d’efforts ou de temps, mais c’est bien de le faire quand c’est possible.

En plus, ça peut vraiment faire du bien. Je ne peux parler que pour moi, mais c’est très apaisant de faire des courses sans produire de surplus, sans rien jeter. C’est un réel plaisir de trouver des produits d’occase, de récupérer des choses en don, d’entrer dans un fonctionnement qui fait un pied de nez à la surconsommation (et pourtant je suis loin de l’ermite qui s’est retiré de la société de consommation en autarcie avec son potager. C’est dire si on part de loin, s’il y a tant de progrès facilement atteignables). Tendre vers le zéro déchet, c’est tout repenser, c’est anticiper plus, c’est prendre plus de temps, et ce n’est clairement pas faisable pour tout le monde. Mais sur le long terme, c’est en général plus économique et meilleur pour l’environnement.

Si vous avez chopé une idée, un truc pour votre chez vous, pour changer votre consommation, alors ça me rend déjà très heureuse. Un jour on se moquera en disant que vous êtes bobo parce que vous avez utilisé le même emballage cadeau en tissu pour trois occasions différentes, mais ce simple fait vous remplira de joie et de fierté.

Ecrit par Déborah Liss

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