Handicap : le mépris décomplexé du gouvernement français

Handicap : le mépris décomplexé du gouvernement français

La France est à la ramasse sur beaucoup de choses, mais son traitement des personnes en situation de handicap est particulièrement édifiant.

Cet article est un panorama rapide et non exhaustif de la situation des personnes handicapées en France, chaque sujet mériterait d’être beaucoup plus approfondi, surtout que « le handicap » couvre plein de réalités différentes. Cela concerne les personnes à mobilité réduite, en fauteuil ou pas, les sourd.e.s, les aveugles, les gens ayant des maladies chroniques plus ou moins invalidantes, les personnes avec un handicap mental, les personnes autistes etc.

De 100% de logements neufs accessibles à … 20%.

L’actualité du moment, c’est l’accessibilité des logements et l’Allocation Adulte Handicapée, qui sont sous le feu des critiques.

Des critiques justifiées, quand on réalise ce que fait le gouvernement dans sa loi Elan sur l’accessibilité des logements : alors que la loi existante prévoyait que 100% des logements neufs soient adaptés aux personnes à mobilité réduite, LREM veut faire passer ce chiffre à… 20%.

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C’est-à-dire que 20% des logements neufs seront adaptés, et le reste est supposé devoir être évolutif, donc facilement adaptable… Autant dire que les personnes concernées s’indignent : on a là clairement un recul des droits des personnes handicapées, qu’on exclut de la possibilité de choisir son logement (et pas de se rabattre sur le seul accessible de la ville), de se rendre chez leurs ami.e.s, famille etc.

Une pétition est en cours pour ceux et celles que ça intéresse : https://www.change.org/p/collectif-tribune-logement-pour-des-logements-de-qualit%C3%A9-au-b%C3%A9n%C3%A9fice-de-tous

Le cumul des obstacles

Dans ces tweets, il est soulevé que c’est un coup en plus pour des personnes déjà fragilisées pour d’autres raisons : parmi les personnes les plus pauvres, il y a beaucoup de personnes handicapées, et il y a plusieurs raisons à cela : beaucoup d’entre elles ne trouvent pas d’emploi, soit parce que le poste ou les locaux ne sont pas adaptés, soit parce que les personnes sont discriminées. Beaucoup de ces personnes bénéficient de l’aide de l’Etat, avec l’allocation adulte handicapée. Problème : cette allocation se situe en-dessous du seuil de pauvreté, actuellement à 819€, même si elle doit être revalorisée à 900€ d’ici 2019. Mais cela s’accompagne d’une modification des montants en situation de couple : on est alors carrément dans la dépendance organisée, comme l’explique Margot, la youtubeuse de la chaîne Vivre Avec :

En gros, cette réforme veut que si la personne se met en couple avec quelqu’un qui gagne plus de 700€, l’allocation diminue drastiquement. Or, non seulement l’AAH ne suffit pas pour vivre, mais en plus les personnes handicapées ont souvent de nombreuses dépenses en plus, par rapport aux valides.

Cela perpétue l’idée que ce sont des personnes à charge, à charge de l’Etat d’abord, puis à charge de son compagnon ou de sa compagne. Par ailleurs, l’article 33 du Budget 2019 fusionne les compléments AAH. Une régression, pour les associations comme la FNATH, « l’association des accidentés de la vie ».

  Pour la militante Elisa Rojas aussi, la dépendance et la précarité sont sciemment organisées : on maintient les personnes en situation de handicap dans un empêchement d’autonomie. Selon elle, la politique française actuelle est tout simplement « brutale ».

Espace public et transports : un monde inadapté

Souvent, les personnes concernées disent que ce n’est pas tant le handicap qui est handicapant mais toute la société autour qui n’est pas adaptée. Il suffit de se pencher sur l’espace public et les transports pour réaliser à quel point leur liberté de circuler est entravée. Regardez autour de vous les rues, les parcs, les restaurants, les bars… Tant de lieux dont les personnes en fauteuil sont bannies, mais aussi les personnes aveugles, sourdes et malentendantes, autistes etc…

Normalement, tous les lieux publics devaient se mettre aux normes, d’ici 2015, et ce depuis 2005. En 2015 a été voté un nouveau report et de nouveaux délais. Mais beaucoup préfèrent encore payer des amendes, et beaucoup de lieux publics sont très en retard. Et si même les rues sont parfois inadaptées, les trottoirs manquant de bateau, empêchant des personnes en fauteuil roulant de circuler comme elles veulent, le plus frappant reste peut-être les transports en commun. Prendre le train quand on est en fauteuil demande une grande organisation, et une fois monté, il ne faudrait pas essayer d’aller aux toilettes !

Les militant.e.s pointent souvent le métro parisien : sur 303 stations, celles accessibles aux fauteuils roulants s’élèvent au nombre de… 9. Ils et elles ont très récemment manifesté pour dénoncer son inaccessibilité et les conséquences de celles-ci, notamment « Pas de métro, pas de boulot ». Paris fait pâle figure à côté d’autres grandes villes qui font plus d’efforts : à Barcelone, le métro est accessible à 82%. (cliquez sur l’image ci-dessous pour un aperçu des stations accessibles à Paris).

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Sourd.e.s et aveugles, la galère du quotidien

Pour les personnes aveugles ou sourdes ou malentendantes, la vie quotidienne est encore compliquée : les traductions en langue des signes ne sont pas généralisés pour les événements, les concerts, les conférences etc… Les annonces dans  le train et le métro se font au haut-parleur…  Il n’y a pas non plus toujours d’audio-description dans l’audio-visuel, ni de braille dans les musées, les bâtiments publics, etc. Sans parler des difficultés pour l’emploi, des discriminations etc… Il y a aussi des gens souffrant d’un « handicap invisible », qui ne sont pas pris au sérieux dans la vie quotidienne, que ce soit pour pouvoir s’asseoir dans les transports, pour avoir un aménagement dans les études ou le temps de travail etc.

Enfants handicapés et scolarité

En cette rentrée, on a aussi beaucoup parlé des enfants en situation de handicap mal pris en charge à l’école. Normalement, ils et elles ont droit à un.e Accompagnant.e d’Eleve en Situation de Handicap (AESH). Si le gouvernement a récemment assoupli les conditions pour exercer ce métier, nombreux sont les enfants à avoir fait leur rentrée sans AESH. Pour les familles et les enfants, c’est une vraie galère, qui pousse parfois au désespoir. A Strasbourg, une militante et mère d’un enfant handicapé est allée jusqu’à se percher en haut d’une grue pour alerter sur la mauvaise prise en charge des enfants à l’école. A Lille, deux militantes ont fait la même chose. Selon le mari de l’une d’entre elles, président du Collectif Citoyen Handicap, 10 000 enfants attendent un accompagnement pour pouvoir être scolarisés. Le Collectif demande le recrutement en urgence de personnel, d’éducateurs spécialisés. Les militant.e.s dénoncent d’ailleurs cet assouplissement des conditions, une formation de 60 heures pour devenir AESH. Ils et elles veulent des personnes mieux formées et mieux payées, pour rendre le métier plus attractif.

Représentation, clichés, misérabilisme

De manière générale, les militant.e.s pensent que la société traiterait mieux le handicap si la représentation des personnes handicapées changeait, pour enrayer un peu les clichés, le validisme et les discriminations. Certains films ont fait un tollé récemment, comme Avant toi, où un jeune homme tétraplégique tombe amoureux puis décide de se suicider, ou, dans un autre registre, Tout le monde debout, de Franck Dubosc. Les personnes handicapées ont dénoncé les clichés qu’on y trouve, le fait que ce soit une personne valide qui joue la personne handicapée, le ton du film trop mièvre, et beaucoup d’autres écueils.

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Le Collectif CLHEE (qui lutte pour l’émancipation, l’accessibilité, la vie autonome, de meilleures représentations, et contre les discriminations) dénonce même des événements comme le Téléthon, qui présente une image misérabiliste des gens souffrant de myopathie, pour susciter la charité. Dans la vidéo ci-dessous, Antoine explique pourquoi il pense que le Téléthon « maintient un vide » et que la recherche devrait être mieux financée par l’Etat, et pourquoi relayer une telle image des personnes handicapées est néfaste.

Par ailleurs, le CLHEE milite pour la désinstitutionnalisation : il considère que la France a privilégié la « ségrégation » des personnes handicapées, installées à vie dans des institutions à part, autour desquelles est organisée toute leur vie, professionnelle, sociale etc. Il lutte contre le validisme, qui « se caractérise par la conviction de la part des personnes valides que leur absence de handicap et/ou leur bonne santé leur confère une position plus enviable et même supérieure à celle des personnes handicapées ». Enfin, il lutte pour l’émancipation, pour de meilleures représentations, et dénonce les « associations gestionnaires », institutions indéboulonnables, relais de l’Etat, qui, selon le collectif, ont révélé leur « inefficience ». Le CLHEE revendique un caractère politique et intersectionnel.

Ces structures militantes menées par et pour des concernées permettent d’aborder les problèmes actuels avec une vraie expertise, et si les politiques écoutaient un peu plus leur parole, nul doute que la société réussirait à mieux s’adapter !

Ecrit par Déborah Liss

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