L’asioféminisme arrive lentement mais sûrement – Voici venue l’ère du féminisme intersectionnel #3

L’asioféminisme arrive lentement mais sûrement – Voici venue l’ère du féminisme intersectionnel #3

Petit coup de cœur féministe en continuant le tour du féminisme intersectionnel. Si j’ai parlé d’afro-féminisme et de féminisme musulman, il faut savoir qu’il y a aussi un mouvement emmené par les femmes d’origine asiatique en France, même si j’ai l’impression qu’on en entend moins parler. En même temps, cela bouge vraiment tout doucement de ce côté-là, mais peut-être un peu plus depuis 2016.

Comme l’afro féminisme par exemple, c’est un mouvement qui combat ce que subissent ces personnes à l’intersection de plusieurs discriminations, liées au fait d’être une femme et d’être une femme racisée, perçue comme asiatique ou d’origine asiatique.

La femme asiatique, dépeinte à la fois comme sage et hypersexualisée

Le militantisme porte alors sur des éléments spécifiques aux femmes asiatiques. Bien sûr, elles subissent le racisme et les préjugés sur l’accent, sur la culture, la nourriture, sur le caractère… Mais elles alertent aussi sur l’hypersexualisation des filles et femmes asiatiques. En même temps, un ensemble de « préjugés positifs » renvoie aussi une image de minorité « sage », voire passive, de gens bons à l’école, polis etc.

Ce militantisme pointe le bout de son nez aux Etats-Unis notamment, avec le Sad Asian Girls Club, avec lequel les deux fondatrices, Olivia Park et Esther Fan, tentent de donner une visibilité médiatique aux femmes asiatiques et de briser les clichés, en brisant la « culture de passivité et de silence ». Un prise de parole amorcée en 2013 avec le hashtag #NotYour AsianSideKick, pour parler de la domination des femmes asiatiques, de « l’hétéro-patriarcat » et de la suprématie blanche, mais aussi du féminisme trop blanc et bourgeois, qui oublie les minorités.

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Un militantisme qui part de l’antiracisme

En France, le réveil est timide, mais est quelque peu lié à l’indignation montante de la communauté asiatique face aux actes racistes (notamment le meurtre de Zhang Chaolin, tué à Aubervilliers lors d’un vol violent, car ses agresseurs croyaient qu’il avait beaucoup d’argent sur lui).  Maintenant, la communauté asiatique en a « marre de fermer sa gueule ».

Mais quand on parle de militantisme féministe asiatique, on tombe très vite sur Grace Ly. Autrice du blog La petite banane, elle parle avant tout de double culture, et parle de ses recettes et restos préférés dans sa rubrique « Grace is hungry ». « La petite banane », c’est ce qu’elle dit être, quelqu’un a l’apparence asiatique et à culture occidentale. Pour elle ce n’est ni une insulte, ni un compliment, c’est juste un fait. La graphiste et dessinatrice Kei Lam, née à Hong-Kong et grandi à Paris, aborde aussi ce sujet dans sa BD Banana Girl. Cette double culture a nourri le militantisme  de Grace Ly, qui apporte maintenant sa voix de femme asiatique française (elle est née en France de parents chinois) sur des sujets comme le racisme, les préjugés, les identités et les représentations. Vous trouverez ici ses nombreuses interventions dans les médias. N’hésitez pas, par exemple, à écouter l’épisode de La Poudre qui lui est consacré. Elle a pris la parole sur le fétichisme et l’hypersexualisation des femmes asiatiques, et sur ses conséquences qui vont jusqu’aux violences sexuelles. Elle aborde les préjugés que subit sa communauté dans son livre Jeune fille modèle. Elle a également lancé sa websérie, Ça reste entre nous, pour et par la communauté asiatique, en commençant par une vidéo qui parle de ce que c’est d’être une femme asiatique. Les quatre femmes y parlent des attentes de leur famille, de « cul entre deux chaises », de fétichisme par les hommes, et de racisme ordinaire. Grace y explique à quel point ça l’énerve d’être « vue comme une étrangère dans [s]on propre pays ».

Grace Ly

Militantisme en ligne…

Son blog est la vitrine de son combat, et reflète ce militantisme qui se passe beaucoup sur internet. L’an dernier se montait un collectif « d’asio féminisme intersectionnel », Sokhanyae, qui lançait un appel sur Twitter pour gagner des membres. Si l’une des fondatrices, voulait « trouver des gens avec les mêmes aspirations qu'[elle], avec qui [elle] pourrait construire [s]on militantisme en tant qu’asio-descendante », difficile de savoir si aujourd’hui, le collectif est encore actif. En cherchant un peu sur Twitter, on tombe aussi sur « Jaune vénère », une militante sous pseudo qui distille dans ses tweets ses prises de position et dénonciations de racisme ordinaire anti asiatique, et parle de problématiques qui touchent les femmes asiatiques. Elle y évoque aussi des artistes et activistes asiatiques qu’elle admire, entre quelques tweets sur la colonisation et la masculinité toxique.

 

(Vous pouvez cliquer sur les tweets et dérouler, et encore cliquer dans « les tweets dans les tweets »)

Dans cette sphère militante, il y a également le collectif asiatique décolonial, qui vise « l’organisation des personnes ascendantes asiatiques dans la lutte contre le racisme d’Etat et les intersections d’oppression subies ».

… et dans la culture

Dans un autre genre, l’humoriste franco coréenne Kee-Youn Kim aborde dans son spectacle Le Tropique du Panda sa vie personnelle, les attentes que sa mère avaient placé en elle, les inégalités de genre… Dans cet épisode du podcast Quoi de meuf, elle raconte son parcours personnel et aborde les clichés qui pèsent sur les jeunes asiatiques, comme le fait de devoir être la bonne élève. Elle parle aussi de l’humour aujourd’hui, de liberté d’expression et des OnPeutPlusRienDire.

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Puisque la visibilité et la représentation est un enjeu fondamental pour les minorités, la communauté asiatique veut aussi faire du « soft power » et s’attaquer au monde de la culture, comme le collectif Yellow Ghetto, cité dans l’article plus haut (sur la communauté asiatique qui en « a marre »), qui organise des événements sur Paris mettant en avant des artistes asiatiques. Il y a aussi le magazine Koï qui a émergé récemment sur les cultures asiatiques et communautés d’Asie du Sud Est.

L’actualité veut aussi qu’on parle d’un film qui domine le box office : Crazy rich asians est le premier film hollywoodien avec un casting quasi 100% asiatique et emporte donc l’enthousiasme des communautés « asian americans » aux Etats-Unis. Il faut dire que la représentation des asiatiques dans les séries et les films se résument en général à un acolyte, un « side-kick », comme le soulevait aussi le hashtag #NotYourAsianSideKick. Chapeau aussi au film Netflix « To all the boys I’ve loved before », dont le personnage principal est une fille américano-coréenne dont le cœur balance entre deux garçons qui se disputent son attention.

Car comme dans tous les combats pour les minorités, cela passe beaucoup par la représentation, et, surtout, par « donner la parole aux concerné.e.s », comme le martèle Grace Ly.

Ecrit par Déborah Liss

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