Douche, pics anti-SDF et autres dispositifs : la belle solidarité du pays des Droits de l’Homme

Douche, pics anti-SDF et autres dispositifs : la belle solidarité du pays des Droits de l’Homme

En France, aujourd’hui, on a environ 150 000 personnes sans domicile fixe, soit deux fois plus qu’il y a 10 ans. Autant de gens qui passent la plupart de leurs nuits dehors. Si ce simple fait est un scandale en soi, alors que le président promettait que plus personne ne serait à la rue d’ici la fin de l’année, il y a des scandales dans le scandale : depuis plusieurs années ont fleuri des initiatives urbaines dont l’objectif est d’empêcher aux personnes dont la rue est la maison de pouvoir dormir, s’allonger, s’installer sur des bancs, des caches, des entrées, n’importe quel endroit un peu abrité.

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Tout récemment, c’est une « douche anti-sdf » qui a fait parler d’elle : à Paris, dans le chic 1er arrondissement, les gérants d’un parking souterrain ont mis en place un jet d’eau qui aspergerait n‘importe qui se rapprochant de l’entrée sans avoir de badge. Les riverains en avaient marre que certains sans-abri s’y posent ou y urinent. Pour les propriétaires du parking ce n’est « pas bien méchant ». C’est pourtant bien cruel pour des gens qui n’ont pas moyen de se sécher ni de se réchauffer…

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La « guerre aux pauvres » avec l’urbanisme

Si la douche anti SDF était une nouveauté, il y a les classiques qu’on connaît malheureusement tou.te.s assez bien : les accoudoirs rajoutés sur les bancs pour que personne ne puisse s’y allonger, les piques sur les surfaces planes devant les commerces (un peu comme les pigeons), les barreaux sur les rebords de vitrine… Parfois, la population réagit quand cela semble « too much » : par exemple quand en 2007, le maire d’Argenteuil voulait utiliser un spray répulsif contre les SDF. Ou quand en 2014 à Angoulême, la ville a grillagé des bancs pour empêcher quiconque de s’allonger.

Un sans-abri, Christophe Page, a également réussi à faire enlever un dispositif par la mairie de Paris en décembre dernier : elle avait installé il y a quelques années déjà plusieurs grilles sur des bouches d’aération à air chaud. Quand on voit l’image, on mesure toute l’absurdité de la chose et la volonté claire d’empêcher des « vagabonds » de s’y allonger :

Grille anti sdf

Cette même personne a dénoncé d’autres dispositifs comme des bacs à fleurs disposés dans un hall d’immeuble pour que plus personne ne puisse y trouver abri.

bacs à fleurs anti sdf

Selon lui, comme il l’indique sur France Info, ce genre de dispositifs fleurit surtout depuis deux ans :

« La chasse aux pauvres est ouverte, je sais pas comment on peut en venir à chasser un SDF parce qu’il est en bas de son immeuble. »

Cela avait en plus coûté 2000€ à la ville, selon Le Média.

En fait, cette mode anti-sdf existe depuis longtemps, comme le montrait cette vidéo réalisée en 2003 intitulée « Le repos du fakir », où un homme tente de se reposer partout où cela aurait été possible autrefois : devant les commerces, où il y a maintenant des pics et des barres, devant les immeubles, où ont été mis des rochers et des galets, sur les bancs de métro, qui ont été sur élevés ou rendus très inconfortables ou agrémentés d’accoudoirs, etc etc. Attention, tristesse !

blocs anti sdf

Lutter plus efficacement avec les réseaux sociaux

Difficile de quantifier aujourd’hui ces dispositifs sur le territoire français. Mais comme l’a fait Christophe Page, la Fondation Abbé Pierre souhaite maintenant se servir des réseaux sociaux pour dénoncer ces attaques faites aux droits les plus fondamentaux de nos concitoyen.ne.s : en décembre dernier, elle a lancé sa campagne contre le mal logement avec une campagne d’affichage et le hashtag #SoyonsHumains. L’objectif est de recenser et dénoncer ces manifestations urbaines d’hostilité envers les plus précaires en les mettant en photo sur Twitter avec le hashtag. Ces emplacements sont ensuite recensés sur le site https://soyonshumains.fr/.

A propos de la douche anti-sdf, Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre expliquait :

« Ces procédés sont particulièrement violents par ce qu’ils représentent. Nous, nous disons : plutôt que de faire la guerre aux pauvres, faisons la guerre à la pauvreté. »

Si l’on regarde les publications avec le hashtag #SoyonsHumains, on retrouve encore les classiques bancs anti sdf, mais aussi des établissements rivalisant d’ingéniosité dans la forme de ses piques.

piques devant Aubert

piques commissariat

Piques BNP

Christophe Page, encore lui, dénonce par exemple ces grilles mises autour d’un pont.

Ces initiatives de particuliers, d’associations ou de groupes permettent donc de dénoncer et de se rendre compte un minimum du phénomène. Comme cette cartographie faite par l’antenne France Insoumise de Toulouse, ou ce blog sur « l’urbanisme inhumain ».

La Finlande va vers le « zéro SDF »

Mais c’est évidemment un problème qui ne trouvera une solution pérenne qu’en étant réellement pris en charge par les pouvoirs publics. Dans d’autres pays, on essaye un peu plus qu’en France : en Finlande, on pose un objectif zéro SDF depuis 30 ans avec le plan « un logement d’abord ». Depuis les années 80, la société finlandaise est passée de plus de 20 000 sans-abri à un peu plus de 6000. Ce résultat est le fruit d’un travail transversal de trois ministères : celui de l’environnement, celui des affaires sociales et de la santé, et celui des finances. Le plan ? Construire des logements en masse, rénover des refuges en petits appartements, travailler avec les associations, réinsérer peu à peu les personnes en commençant par la santé. Ayant dépensé 240 millions d’euros au total, les acteurs et associations impliquées affirment que cette politique permet en fait de faire des économies. Ce serait 15 000€ de moins par an et par personne grâce à des diminutions de dépenses liées aux situations des personnes sans abri : moins de prison, moins de services d’urgence, moins de séjours à l’hôpital etc etc…

En France, la Fondation Abbé Pierre avance six pistes pour qu’il n’y ait, à terme, plus personne à la rue : privilégier le logement sur la durée au lieu de l’hébergement d’urgence, mieux attribuer les HLM, construire des logements sociaux, mobiliser le parc privé (et l’aider pour les remises en état, les loyers…), mieux accueillir les migrant.e.s et prévenir au maximum les expulsions de logement.

Ecrit par Déborah Liss

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