Les quelques bonnes choses du quinquennat Hollande

Les quelques bonnes choses du quinquennat Hollande

Bon allez, on a bien besoin de positif en ces temps-là. Si le président sortant a battu des records d’impopularité et apporté son lot de déceptions (c’est le moins qu’on puisse dire), je voulais essayer de soulever les avancées de ce mandat, car il y en a eu…

Se différencier de la droite avec les questions de société

Comme je le disais dans mon article de bilan à mi-mandat (dont je vais reprendre quelques passages), certaines mesures sociales sont des avancées incontestables (même si les lois Macron, El-Khomri et sur la surveillance généralisée sont venues ternir très fort le bilan social de ce gouvernement « de gauche ») : au début, déjà, on a eu un Ministère des droits des femmes puis la loi sur l’égalité hommes-femmes, qui a permis de mettre en place des mesures touchant à l’égalité en entreprise (réforme du congé parental, lutte contre le plafond de verre), à la violence faite aux femmes, aux impayés de pension alimentaire, et à la parité. C’est aussi cette loi qui supprime le terme « détresse » dans le texte garantissant le droit à l’avortement, renforçant ainsi sa protection. Quelques années plus tard, un pas de plus dans cette direction avec le remboursement à 100% de l’IVG, et l’extension du délit d’entrave à la sphère numérique, ce qui permet de lutter contre des sites comme ivg.net. Mais si on ne devait retenir qu’une véritable avancée, une promesse de campagne, ce serait le Mariage pour tous et l’adoption étendue à tous les couples. Une mesure qui va contribuer à faire évoluer la société et les mentalités, en tout cas je l’espère. C’était une belle promesse et c’est devenu un bel accomplissement, une véritable bonne nouvelle et un espoir de voir les choses s’améliorer. La loi du 23 avril 2013, c’est un grand pas vers le progrès, c’est la France qui rattrape son retard intolérable en terme d’égalité, c’est vraiment, vraiment une bonne chose. On a ensuite eu enfin la levée de l’interdiction (aberrante) pour les hommes gays et bi de donner leur sang, même si le droit est très limité (un seul partenaire et un an d’abstinence). Toujours chez les LGBT, les personnes trans ont vu leurs droits avancer très légèrement, avec la démédicalisation du changement d’état civil, c’est-à-dire le fait qu’une personne trans puisse obtenir une modification de son état civil devant un tribunal de grande instance à condition de démontrer « par une réunion suffisante de faits que la mention relative à son sexe à l’état civil ne correspond pas à celui dans lequel elle se présente et dans lequel elle est connue ». Avant, elles devaient obligatoirement se faire opérer et stériliser.

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En matière de fin de vie, la loi Claeys-Leonetti a un peu changé et amélioré les choses aussi : même si elle n’autorise toujours pas le suicide assisté, elle ouvre le droit à une « sédation profonde et continue » jusqu’à la mort du malade en fin de vie.

En ce qui concerne les droits des étrangers, en début de manda,t Valls a, dans un instant de lucidité, supprimé la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers, et supprimé le « délit de solidarité ». Par contre, le droit de vote pour les étrangers est resté lettre morte.

Quelques réformes nécessaires dans le pénal et l’éducation

Pour ce qui est de la justice et du pénal, je relevais à mi-mandat la réforme de Taubira, dont le but est principalement de désengorger les prisons françaises et de mieux accompagner les détenus. Les mesures principales sont les suivantes : suppression des peines planchers introduites sous Sarkozy, encouragement aux peines alternatives à l’incarcération, facilitation des libérations conditionnelles, et créations de postes dans les Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation pour alléger le nombre de dossiers par conseillers.

On peut également citer d’autres réformes dont on parle moins, notamment celle concernant la formation des professeurs des écoles. L’IUFM est devenu l’ESPE (Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education) et on a réintroduit le stage à la fin de la formation, pour la rendre plus professionnalisante à nouveau. C’est une bonne chose, car l’objectif est d’avoir des instit’ mieux formés et préparés, même si le système est encore loin d’être parfait.

Dans un autre registre, le gouvernement a essayé d’améliorer la lutte contre la fraude fiscale. Un texte voté à l’automne 2013 prévoyait des sanctions plus fermes contre les fraudeurs, l’établissement d’une liste officielle des paradis fiscaux, des moyens renforcés pour la police et la création d’un parquet financier spécialisé dans les délits financiers.

Des sursauts éthiques et démocratiques

Aussi, ces cinq ans auront insufflé un petit souffle démocratique : finalement le cumul des mandats a bel et bien été interdit. A partir de ces législatives, de nombreux élus doivent décider entre leur mandat local (ou mandats locaux !) et national.

A l’heure où 80% des députés exercent un mandat local, il était important de faire en sorte que nos élus fassent un unique job à fond plutôt que 12 boulots partiellement ou pas du tout (sauf pour la paye). Sur le plan éthique, on retiendra aussi la baisse immédiate des salaires du Président (augmenté de 172% sous Sarkozy), du Premier Ministre et des Ministres. Dans le même registre de la fin des extravagances de Chef d’Etat, on peut saluer la fin des commandes de sondages d’opinion par l’Elysée (zéro depuis mai 2012), ou encore la réforme de la nomination des patrons de l’audiovisuel : choisis par le Président à l’époque de Sarkozy, les patrons de Radio France et France Télévisions le sont maintenant par le CSA depuis Hollande. Et n’oublions pas le rabot sur les privilèges des anciens Présidents, que François Hollande a introduit il y a quelques mois.

Un certain souci de l’environnement

Mine de rien, ce quinquennat aura été plutôt volontariste sur la question de l’environnement, avec en point d’orgue le succès de la COP 21, maintenue en dépit des attentats de novembre 2015. Hollande avait promis un grand dialogue environnemental, et plusieurs « conférences environnementales » ont effectivement vu le jour tous les ans, pour fixer la feuille de route du gouvernement. Ensuite, la loi sur la transition énergétique adoptée en 2015 prévoit une division par quatre des émissions de gaz à effet de serre en 2050 (par rapport à 1990), la diminution de moitié de la consommation énergétique finale en 2050, une baisse de la part des énergies fossiles de 30 % à la même échéance, et une hausse des énergies renouvelables pour atteindre 40 % de la production d’électricité à la même date. Et avec la COP 21, donc, la France s’engage dans le premier accord universel sur le climat, qui valide l’objectif de contenir le réchauffement climatique en deçà de 2°C. Bien sûr, on aurait pu faire mieux, mais les pronostics tendaient plutôt vers l’échec d’un accord, et en ce sens, la COP 21 était loin d’être inutile.

On est un peu plus mitigé sur le bilan des centrales nucléaires, mais au moins, maintenant, un décret a été pris pour fermer la centrale de Fessenheim, même si EDF a obtenu un délai pour que la fin de l’exploitation ne soit faite que dans les six mois précédant la mise en service de l’EPR de Flamanville.

Au niveau de la fiscalité écologique, si l’écotaxe a été abandonnée, la taxe carbone a bien été mise en place. Nommée officiellement contribution climat énergie (CCE), elle a été introduite dans les taxes sur les énergies fossiles (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, TICPE) visant notamment la consommation de carburants (chauffage, transports, etc.). Elle doit évoluer de 22 euros la tonne de CO2 en 2016 à 56 euros en 2020, puis 100 euros en 2030, avec un examen annuel de son niveau à l’occasion de chaque loi de finances.

C’est aussi un gouvernement qui est allé un peu plus vers le bio, ce qui était une promesse de campagne. Les surfaces cultivées en bio ont augmenté de 17%, et les ambitions ont été réaffirmées dans le « Programme ambition bio 2017 » du Ministère de l’agriculture.

L’automne dernier, Hollande a aussi respecté une promesse de septembre 2014 : verser 1 milliard de dollars (880 millions d’euros) au fonds vert pour le climat des Nations unies. Paris s’est aussi engagé à porter l’aide au développement de 3 à 5 milliards de dollars avec, pour priorité, l’accès à l’énergie, la lutte contre la désertification et l’adaptation au changement climatique.

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Economie, affaires étrangères, il faut chercher un peu

C’était le quinquennat de la courbe du chômage, qui était censée s’inverser etc. Sauf que ça a été le gouvernement du gros fail du CICE (Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi), et des tentatives comme les emplois d’avenir (même si le gouvernement parle d’une « réussite ») etc. Malgré tout, ça va un tout petit peu mieux au niveau du chômage depuis peu. En 2016, le taux de chômage avait baissé de 0,4 points pour s’établir à 9,5%.

Par contre, ce qui est quand même pas mal, c’est la mise en place de l’Allocation à la Recherche du Premier Emploi, qui vient remplir le vide abyssal que subissaient les jeunes diplômés le temps de trouver leur premier boulot, qui ne touchent pas de chômage car n’ont fait que des stages, et sont trop jeunes pour toucher leur RSA. Ça, ça fait quand même du bien !

Sinon, en politique étrangère, on dirait presque que c’est le secteur ou le Président a essuyé le moins de critiques et sur lequel la classe politique s’est le moins clivée. Il faut dire que l’intervention au Mali en 2013 a été qualifiée de réussie, étant donné que les forces françaises et maliennes ont réussi à bouter les djihadistes hors du Nord du pays, tout en faisant tomber un des chefs principaux d’Aqmi, Abou Zeid. La même année, l’intervention en Centrafrique laisse un résultat en demi-teinte. Les soldats français s’étaient interposés dans l’affrontement entre chrétiens et musulmans, qui tournait au bain de sang. Depuis la fin de l’intervention, certains affrontements ont repris, mais « le pire a été évité », d’après certains experts.

Ce qui ressort, pour moi, c’est que ce gouvernement s’est inscrit dans la tendance inamovible de ces quelques décennies de galérer à enrayer le chômage et les plus grosses inégalités, à cause d’une orientation globalement très libérale et qui s’est montrée complaisante envers la finance et les grands groupes. Et pourtant, à côté de cela, c’est un gouvernement qui a tenté de faire honneur à son héritage de gauche et aux gens qui l’ont élu en engageant des réformes fortes socialement, et en justifiant de nombreux textes (portant sur l’éducation, la justice, etc.) par une lutte contre les inégalités. Ils auraient pu faire bieeen mieux, évidemment, mais cela sauve Hollande et ses gouvernements successifs d’un quinquennat catastrophique. Surtout, sur le plan purement humain, j’aurai toujours défendu un président qui n’a pas fait de scandales, qui n’a pas de casseroles, qui a été plus « normal » que son prédécesseur, qui aura abaissé les rémunérations et privilèges. Qui ne se sera jamais abaissé à des insultes ou coups bas, qui aura encaissé toutes les critiques et climats très tendus avec les attentats. Et qui aura eu la lucidité et l’humilité de ne pas se représenter pour un second mandat.

 

Ecrit par Déborah Liss

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