Ces pays qui n’ont pas peur de l’éducation sexuelle

Ces pays qui n’ont pas peur de l’éducation sexuelle

Je ne sais pas vous, mais moi, les cours « d’éducation sexuelle » que j’ai eu à l’école se sont résumés à deux interventions dans toute ma vie, et ça a parlé de MST et de contraception. En ressortant de là, on avait compris que les relations sexuelles c’était quelque chose de risqué, on n’avait toujours jamais entendu parler de masturbation, et si tu n’étais pas hétéro tu t’étais senti-e au moins autant concerné-e que si on t’avait parlé de comment pêcher le saumon en Islande.

En France , l’éducation sexuelle se décline par les cours de sciences sur l’appareil reproducteur, et par des séances d’information plus portées sur la contraception etc. L’éducation sexuelle en milieu scolaire est obligatoire depuis 2001, à raison de trois séances par an dans les écoles primaires, collèges et lycées. Ça paraît beaucoup, et on se dit surtout que ça n’a jamais été appliqué, mais c’est aussi parce que ça peut juste prendre la forme d’une séance de cours de sciences ou une petite séquence sur les stéréotypes sexistes en primaire par exemple. Car les enseignements sont censés parler des « dimensions psychologiques, affectives, sociales, culturelles et éthiques » de la sexualité… En vrai, cela se résume à une intervention du planning familial une fois en 4e ou 3e, et encore, si des professeurs volontaires organisent les interventions. Le Haut Conseil à l’Egalité entre les Hommes et les Femmes a d’ailleurs interpellé le gouvernement l’an dernier pour demander une éducation sexuelle à la hauteur des besoins des jeunes, et diffusé quelques visuels à cette occasion.

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Ceci commence un peu comme un coup de gueule contre l’éducation sexuelle en France ou plutôt sa non-existence, mais je préfère encore parler de ceux qui font ça bien. Ça pourra peut-être donner des idées à certain-e-s.

Scandinavie : du contenu sain et fun à la TV

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Que ce soit dans les écoles ou dans les médias, certains pays sont un peu plus détendus que la France sur la question, et ont compris que c’était important d’avoir des vraies explications saines, plutôt que de faire de quelque chose d’aussi naturel, répandu et partagé, un tabou sans nom dont on cherche encore tant de métaphore pour éviter de dire ce qu’il est.

Quelque chose de fun pour commencer qui, à mon sens, a sûrement plus d’impact dans les esprits qu’une intervention de l’infirmière scolaire : en Norvège, l’émission Newton a lancé son segment Pubertet, pour les enfants et ados d’environ 8 à 13 ans, pour répondre à toutes leurs curiosités, sans paraphrases ni schémas médicaux. Chaque épisode est centré sur un thème (les seins, le pénis, les organes reproducteurs), y apporte pas mal d’infos, et répond aux questions des enfants. Fidèles à la réputation des scandinaves, ils y montrent de vrais organes génitaux, expliquent la reproduction, mais aussi les poils, la puberté, la transpiration . Tout ça avec un ton plutôt cool et pédagogique. Voyez plutôt. (Il y a des sous-titres français!)

Je trouve ça vraiment pas mal qu’ils montrent de vrais corps, pour montrer aussi que chacun-e est différent-e, comme dans l’épisode sur les seins. En France, où voit-on de vrais corps ? Même pas dans les douches des piscines ou au sauna, comme en Allemagne. Tout ce qu’on voit on le tire des films, des magazines ou du porno. Résultat, tout le monde pense qu’il a un corps pas normal ou moche, parce qu’il se compare  à des modèles qui n’existent pas dans la vraie vie. Paye ta population de complexé-e-s. A la limite, ceux et celles qui ont fait des sports collectifs ont pu voir ce que c’est, des vrais êtres humains. Bref, chapeau aux norvégien-ne-s, qui apprennent la vie aux jeunes de manière posée et décomplexée. Et pas qu’aux jeunes d’ailleurs.

Chez leurs voisin-e-s suédois-e-s, où l’éducation sexuelle est obligatoire depuis 1956, on essaye aussi dans les médias de permettre aux enfants de s’informer de manière ludique, comme avec cette vidéo diffusée dans l’émission Bacillakuten (sorte de « II était une fois la vie » en plus fun), et de pouvoir mettre des mots sur leurs parties du corps. Quelques conservateurs/trices se sont plaints, mais la majorité des réactions a été positive.

Une éducation précoce et appliquée pour une meilleure santé publique

Il y a aussi des pays qui essayent de prendre le sujet au sérieux dans la scolarité. Les Pays-Bas puis le Royaume-Uni ont décidé de commencer l’éducation sexuelle dès le début de l’école primaire (vers 5 ans). L’idée : apprendre assez tôt à nommer toutes les parties du corps, à comprendre les liens qui les unissent à leurs parents, aux autres membres de leur famille, puis parler de la puberté, des émotions etc. Puis, dans le secondaire, il s’agit, comme chez nous, de parler reproduction, grossesse, contraception, MST… mais aussi des relations, du couple, des ruptures. On leur donne aussi les informations pour savoir où trouver les ressources, les informations pratiques…  Les britanniques souhaitent renforcer cette éducation sexuelle notamment pour lutter contre les grossesses précoces. C’est le pays d’Europe occidentale le plus touché par le phénomène.

Il s’est donc inspiré des Pays-Bas, qui a un des taux d’avortement les plus bas d’Europe, le nombre le plus faible de grossesse précoces et de MST chez les jeunes.

Là-bas, des professeur-e-s du « bien-être », formé-e-s spécifiquement à l’éducation sexuelle, interviennent trois ou quatre fois par an dans les collèges. En maternelle et en primaire, il y a aussi déjà des introductions, dès 4 ans. A partir de 8 ans, on parle aux jeunes hollandais-e-s de contraception, mais aussi de concepts autres que le sexe en soi : l’image de soi, les préjugés, l’orientation sexuelle…

Comme le dit la professeure dans cette vidéo, ce n’est pas parce qu’on leur en parle de manière ouverte, et assez tôt, que les jeunes vont avoir plus de relations sexuelles, ou plus tôt. Ils/elles seront juste plus éclairé-e-s, et plus safe.

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Une étude de l’Université de Georgetown a d’ailleurs démontré que l’enseignement sur l’éducation sexuelle en primaire permet de réduire le nombre de grossesses non désirées, de morts prématurées, d’avortements dangereux pour la santé et d’infections transmises sexuellement.

Si on retourne en Scandinavie, au Danemark, on voit que l’éducation sexuelle a été rendue obligatoire dans toutes les écoles plus de 30 ans avant la France (depuis 1970) et dès le CP, en commençant par apprendre à connaître son corps et à en prendre soin. L’association Sex og Samfund, en charge de ce volet éducatif dans tout le pays, affirme que cela est bénéfique : le Danemark serait aussi un des pays avec le moins de grossesse précoces et d’avortements au monde.

Depuis peu, le gouvernement veut mettre le paquet sur l’éducation sexuelle positive, mais aussi pour encourager les naissances, car le pays fait face à une baisse de la natalité. Sex og Samfund explique que jusqu’alors, l’angle était toujours négatif et impliquait un danger : on apprenait comment ne pas tomber enceinte etc. Depuis 2015, le gouvernement veut que les jeunes apprennent aussi « les joies de la vie sexuelle ». A côté de cela, de plus en plus de collèges intègrent le porno dans les cours, ou plutôt une discussion autour des images et clichés sur la sexualité que cette industrie véhicule. Une manière de « mener une discussion critique sur les différences entre la fiction et la réalité et sur le traitement par les médias commerciaux de la sexualité, des genres et des corps », comme l’explique le sexologue à l’origine de l’initiative, Christian Graugaard.

Tout cela doit donc permettre une amélioration de la santé publique, moins de grossesses à risque, bref, des comportements plus sains et éclairés ! Mais cela aide aussi, à mon sens, à éviter les autres conséquences un peu dommageables sur la construction des individus : l’ignorance et l’apprentissage sur le tas ou par des modèles complètement irréalistes, les conseils et rumeurs foireux de l’entourage, l’entretien des légendes urbaines sur le sexe ; une vision stéréotypée des rapports hommes-femmes dans la sexualité, des attentes et préjugés qui enferment et participent aussi de la culture du viol et du slut-shaming ; la honte associée à certaines pratiques sexuelles, à commencer par la masturbation ; une mauvaise image de soi, des complexes, un manque d’assurance. Je ne parle même pas du désarroi des jeunes homos et trans face à un manque total de représentation de leur réalité et de leur normalité.

Merci Youtube

Enfin, en parlant de « sex education », je ne peux pas m’empêcher de citer la youtubeuse Laci Green et ses vidéos  « Sex + » (prononcé Sex positive).

Dans un pays complètement à la ramasse en matière d’éducation sexuelle, où il y a le plus de grossesses de jeunes mineures au monde, et où on prône principalement l’abstinence, Youtube est venu apporter la lumière. Les vidéos de Laci Green (issue d’une famille de Mormons avec qui elle a coupé les ponts, titulaire d’une licence en éducation, qui bosse avec le planning familial et fait des interventions dans les universités) sont éclairantes, positives, et balayent tous les sujets dans des formats pédagogiques et sans tabou ni ton culpabilisant. Au programme : l’hygiène vaginale, la masturbation, les sex toys, le porno, les clichés sur l’homosexualité, les MST, le viol, la prostitution, le sexe quand on est handicapé, des conseils pour les premiers rendez-vous… Ses segments sur la santé sexuelle et santé mentale éclairent aussi sur des choses dont les gens ne savent parfois rien, et qui entretiennent donc un comportement à risque ou non hygiénique.

Elle et d’autres youtubeuses (Hannah Witton, Shannon Boodram…) créent ce « safe space » dont chaque jeune (et adulte) aurait besoin pour s’épanouir sans honte et sans embûches.

On préférerait bien sûr que les politiques publiques prennent mieux cela en charge, parce que quand la population est mieux informée, tout le monde y gagne.

Ecrit par Déborah Liss

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