Ce que Barack a fait de bien

Ce que Barack a fait de bien

La fin du mandat d’Obama approche à grands pas. Il n’a peut-être pas été le messie qui a tout réussi, mais il a définitivement changé la face des Etats-Unis. Il voulait incarner le changement, et on ne peut lui enlever le fait qu’il l’a insufflé autant que possible, tout en étant entravé par le Congrès, où il a vite perdu la majorité.

Vu la culture politique des Etats-Unis et les idées qu’il a apportées avec lui, Barack Obama a pu presque passer pour un révolutionnaire socialo-communiste. D’un point de vue européen, on sait qu’il était loin de ça, mais il a bien rafraîchi l’Amérique, à coups de droits civiques, de coolitude intelligente, et de relance de l’économie (en essayant de diminuer les inégalités).

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Economie : se relever tant bien que mal

Obama prend ses fonctions début 2009, en plein début de crise financière mondiale, ce qui n’augure pas de bonnes choses pour la suite. Mais avec les parlementaires démocrates, il établit un plan de relance, qui rencontrera les résistances des Républicains au début. Après de longues tractations, l’American Recovery and Reinvestment Act injecte 787 milliards d’euros dans l’économie américaine. Les effets sont loin d’être immédiats, même si dès le printemps, l’économie montre des signes de reprise. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont à 78 mois de croissance de suite (même si oui bien sûr ce n’est pas un indicateur absolu de bien-être économique), et ont un taux de chômage de 5%.

Obama se targue aussi d’avoir fait baisser les impôts pour la classe moyenne. Des médias américains pointent que les seuls pour qui les impôts sur le revenu ont augmenté sont ceux qui gagnent 400 000$ par an, donc moins de 2% de la population. Les mandats d’Obama ont aussi permis de réduire le déficit à 439 milliards de dollars, son niveau de 2007.

Il a aussi voulu réguler le secteur financier, avec le Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act (2010). La loi devait améliorer la responsabilisation et la transparence du système financier et mettre fin aux sauvetages financiers (« bailouts »). En gros, faire en sorte que la crise de 2008 ne puisse plus se reproduire. Toutes les mesures n’ont pas encore été appliquées, mais certains progrès sont incontestables, les banques sont moins libres de faire n’importe quoi, et les Américains peuvent mieux défendre leurs droits face aux banques.

La sécurité sociale pour tous

Un grand thème de campagne d’Obama était de faire en sorte d’assurer tous les américains, et pas seulement ceux dont l’employeur fournissait une couverture sociale. Il lance le Affordable Care Act en 2010, mais rencontre de grosses résistances. Ses opposants dénommeront la loi « Obamacare », mais ils se réappropriera le surnom. Après plusieurs modifications et aller-retours entre la Chambre et le Sénat, le texte finit par passer, mais avec un contenu un peu différent du texte d’origine. Aujourd’hui, depuis janvier 2014, tous les citoyens doivent prendre une assurance maladie, et les personnes à faibles ressources peuvent bénéficier d’aides financières de l’Etat. Le dispositif aurait permis de couvrir entre 12 et 18 millions d’américains supplémentaires. Pour la première fois, 9 américains sur 10 auraient une assurance maladie.

Droits civiques : les progrès

Barack Obama s’est différencié de ses prédécesseurs sur les questions sociales (difficile de faire moins bien que George W. Bush). Au fil des années, il s’est d’abord révélé allié de poids pour la communauté LGBT. En décembre 2010, la loi Don’t Ask Don’t Tell est abrogée. Elle interdisait aux personnes homosexuelles de révéler leur orientation, et à leurs supérieurs et collègues de poser des questions ou d’enquêter. Omerta hypocrite et discriminante, la loi a donc été abrogée par le Congrès, ce qui a été salué par les associations. De même, l’interdiction pour les personnes trans de servir dans l’armée a été levée en janvier de cette année 2016.

Pour ce qui est du mariage pour tous, Obama a évolué : plutôt hostile à l’origine, il a fini par soutenir publiquement l’idée en 2012, devenant le premier Président en exercice à le faire. En 2014, il salue le fait que la Cour Suprême se saisisse de la question. Elle finira par établir en juin 2015 que le droit pour tous de se marier, y compris entre personnes de même sexe, était un droit constitutionnel, légalisant par là-même le « mariage gay » dans tout le pays.

Obama a aussi voulu améliorer le sort des immigrés dans son pays (mais pas vraiment des immigrés clandestins) : dès 2010, il veut relancer le Dream Act, un projet de loi qui prévoit d’accorder une carte de résident permanent (sous conditions) à certaines personnes entrées illégalement en tant que mineurs aux États-Unis . Mais l’opposition au Congrès ne lui laisse aucune chance. Après des années de va et vient et de négociation, le Sénat adopte un texte qui facilite la naturalisation des immigrés clandestins, mais la Chambre des représentants bloque la loi. Barack Obama se résoudra alors à publier des décrets qui régularise près de 5 millions d’immigrés clandestins (ceux présents aux Etats-Unis depuis plus de 5 ans, sans passé judiciaire et dont les enfants possèdent des papiers officiels pourraient demander un permis de travail de 3 ans). Mais en juin 2016, la Cour Suprême a bloqué ce projet.

Les femmes, la « minorité majoritaire »

Les droits des femmes ont aussi été une priorité dans ses campagnes et ses mandats politiques. Obama a régulièrement attiré l’attention sur la nécessité de légiférer sur des sujets comme les droits reproductifs, les violences envers les femmes, les inégalités salariales et autres discriminations. En 2009, le Lilly Ledbetter Fair Pay Act facilite l’engagement de procédures judiciaires lorsque des salarié-e-s sont victimes de discriminations basées sur le sexe, l’âge, la race ou la religion.

Vers cette même période, dans la bataille pour Obamacare, le Président se réempare des questions concernant la contraception et l’avortement. La question était de savoir si les assurances conformes à Obamacare devait inclure la contraception, ce qui a provoqué l’ire des activités religieuses. Obama a fait en sorte de rallier l’activiste Sandra Fluke à ses côtés, qui prendra plusieurs fois la parole pendant la campagne de 2012 lors de conventions démocrates, pour défendre la possibilité d’être assurée pour la contraception dans les universités et hôpitaux liés à des institutions religieuses, comme l’université de Georgetown à Washington DC. Obama en profitera pour donner une orientation encore plus « droits des femmes » à sa campagne, en ciblant particulièrement son électorat féminin, qui l’avait aidé à gagner en 2008.

Répétant publiquement qu’il est féministe, Barack Obama a de nombreuses fois dans ses discours rappelé l’importance des combats pour l’égalité, pour la fin des violences etc. Il a de nombreuses fois appelé à légiférer pour régler le « gender pay gap », et proposé le Paycheck Fairness Act en 2014, qui a malheureusement échoué. En 2013, le gouvernement lance une campagne de sensibilisation concernant les violences sexuelles « It’s On Us » et Violence Against Women Act 2013.

Obama créera aussi la « Task force pour protéger les étudiant-e-s des agressions sexuelles » et le « Conseil de la Maison Blanche pour les femmes et les jeunes filles ». Il se targue d’avoir permis de nombreuses avancées sur la santé des femmes, leur éducation, leur protection sociale et leurs opportunités économiques.

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Black lives matter…

Sur le symbole que son héritage métissé a apporté, il n’a évidemment pas suffi à lui seul à « régler la question raciale », ces dernières années ayant été terriblement marquées par les nombreux meurtres d’afro-américains. Les assassinats de Trayvon Martin, Mike Brown, Eric Garner et tant d’autres ont lancé le mouvement Black Lives Matter, et poussé à de nombreuses révoltes, notamment à Ferguson.

Obama n’a pas pour autant rien fait pour apaiser les tensions raciales. Sa réforme de la justice visait à réduire de lourdes peines planchers infligées pour possession de drogue, délit pour lequel les personnes noires sont surreprésentées. Certains arguent aussi qu’Obamacare a permis d’améliorer la situation de nombreux citoyens défavorisés, parmi lesquels les afro américains sont aussi surreprésentés. Dans ses discours, il a de nombreuses fois dénoncé la manière injuste dont est traitée cette partie de la population, notamment par la police, et a défendu le mouvement Black Lives Matter, face à ceux qui le qualifiait d’extrêmiste.

Obama a aussi procédé à des nominations importantes d’un point de vue symbolique : Eric Holder puis Loretta Lynch au ministère de la Justice, Charles Bolden à la tête de la Nasa, et Lisa Jackson à la direction de l’Agence de protection de l’environnement sont tous devenus les premiers Noirs américains à occuper un tel poste.

La conscience climatique

L’environnement a rarement été une priorité pour les Américains. Ils n’avaient pas signé le protocole de Kyoto, alors qu’ils sont responsables de 20% des émissions de gaz à effet de serre. Ils en font rarement un thème de campagne, et ont l’air de se sentir assez peu concernés, vu leurs politiques de recyclage et d’énergies renouvelables très peu développées. Pourtant, Obama se distinguera, avec un volontarisme écologique salué par les associations. Dès 2010, il appellera à voter une grande loi sur le climat, et à la fin des subventions aux énergies fossiles. Mais l’opposition du Congrès n’exaucera pas ses vœux. Pourtant, il réussira à mettre un peu les américains sur le chemin de la transition énergétique. D’après les chiffres de la Maison Blanche, la production d’énergie solaire aurait été multipliée par 10, et la production éolienne par 3. Il a aussi écarté le projet de pipeline géant Keystone XL, qui devait amener du pétrole du Canada jusqu’au Mexique.

En 2013, Obama lance le Climate Action Plan, la stratégie du gouvernement pour faire baisser la pollution, combattre le changement climatique, et conclure des accords internationaux pour ce faire. En 2015, il lance le Clean Power plan, des nouvelles réglementations qui doivent, d’ici à 2030, faire baisser de 32% les émissions de CO2 liées à la production d’électricité, et des investissements massifs dans les énergies renouvelables.

Au sommet de Copenhague en 2009, considéré comme un échec international, Barack parvient à obtenir un accord avec la Chine, mais assez lacunaire. En 2014, ils signent un autre accord : la Chine s’engage à inverser la courbe de ses émissions de gaz à partir de 2030. Les Etats-Unis promettent une réduction de 26 à 28 % de leurs émissions d’ici à 2025 par rapport à 2005.

En 2015, Barack Obama rencontre le Premier Ministre Indien et les deux pays s’engagent à une coopération renforcée en matière d’énergies renouvelables. En 2016, il se félicite de la signature de l’accord de Paris (celui de la COP21), qui doit cantonner le réchauffement climatique sous le seuil de 2°C.

Politique extérieure : quelques points positifs

Vu l’état du monde actuellement et la position traditionnelle de gendarme international des USA, on ne s’imagine pas un bilan glorieux du Président actuel.

Il a quand même appliqué sa promesse de campagne de retirer les troupes d’Irak. Fin 2011, les 39000 derniers soldats ont quitté le territoire irakien, après 9 ans d’une guerre entamée par George W. Bush.

Vers la fin de son premier mandat, Barack Obama a eu à se positionner sur le Printemps arabe. Les Etats-Unis décideront d’intervenir en Libye avec la coalition européenne, et ont contribué à faire disparaître le dictateur Kadhafi, même si le suivi a été inexistant. Obama justifie la non-intervention en Syrie par le fait que ses troupes sortaient à peine d’une guerre en Afghanistan et en Irak, et qu’il ne voulait pas réitérer l’erreur d’une intervention sans plan pour l’après. Il est fier de l’issue diplomatique trouvée avec Poutine sur la question de l’utilisation des armes chimiques par le régime de Bachar El-Assad.

Pour les Américains, Obama restera aussi celui qui a retrouvé et fait tuer Oussama Ben Laden, en mai 2011, et qui aura donc fait disparaître leur ennemi numéro 1, instigateur des attentats du 11 septembre.

Il sera aussi celui qui aura ravivé des partenariats historiques, réussissant à faire signer un accord avec l’Iran : après 12 ans de négociations, USA, Iran, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne sont parvenus à un compromis qui limite l’enrichissement des persans en uranium et plutonium, mais lève les sanctions internationales qu’ils subissaient.

De même, plus de 50 ans après la mise en place de l’embargo sur Cuba, les Etats-Unis ont dégelé leurs relations avec le pays des Castro, levant les restrictions sur les voyages et les envois de fonds des immigrés cubains vers leur pays d’origine, tout en retirant leur veto historique à l’entrée de Cuba dans l’Organisation des Etats Américains. Les deux pays ont repris en juillet 2015 leurs relations diplomatiques.

Pour ce qui est du symbolique, Obama sera aussi le premier Président en exercice à se rendre à Hiroshima, 71 ans après le lâcher des bombes atomiques américaines. Une visite qu’il a voulu placer sous le signe de « la poursuite de la paix ». Barack Obama voulait tourner la politique étrangère de son pays vers l’Asie, ce qu’il a également symbolisé en étant le premier Président Américain en visite officielle en Malaisie depuis 50 ans, en 2014.

Barack Obama, Vladimir Putin

Celui qui a repopularisé l’image du Président américain

L’arrivée du premier président afro-américain de l’Histoire avait suscité des espoirs et un enthousiasme fou. Sa personnalité aussi, cool mais autoritaire, compétent mais pas prétentieux, a vite fait de Barack Obama une figure pop et adulée.

Après 8 ans de mandat Bush, symbolisant dans l’imaginaire collectif le « redneck » texan conservateur de base, voire pour certains, l’idiot du village, l’arrivée de cet ex travailleur social et avocat, ayant fait ses armes au Sénat et sur des terrains de basket, a donné un sacré coup de jeune à la fonction, tout en la réhabilitant.

Obama avait d’abord à cœur d’atténuer, voire de transcender le bipartisme. Il n’a eu de cesse de répéter, dès son arrivée au pouvoir, sa volonté de travailler main dans la main avec les Républicains. Quand il a perdu la majorité au Congrès aux élections de mi-mandat en 2010, il a tendu la main au parti d’opposition, lui disant qu’il souhaitait trouver un terrain d’entente, « pour faire avancer le pays ». Par la suite, il réitérera sa volonté de gouverner au maximum avec le Congrès, se résolvant avec réticence à légiférer par décrets, comme dans le cas des immigrés clandestins.

Ses mandats resteront marqués par des discours d’unité, qui face à une campagne de Donald Trump agrémentée de paroles de haine et de rejet de l’autre, rappellent sa volonté d’apaiser les tensions et de rassembler les différentes communautés américaines au sein de valeurs communes.

Mais c’est surtout sa personnalité, son humour et son apparente ouverture qui l’ont rendu populaire. Il a bien sûr nourri son image d’un certain storytelling, alimenté par des photos de ses filles et de leurs chien Bo et Sunny sur les réseaux sociaux.

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Quand une pseudo polémique éclate sur son origine (le père d’Obama est kényan, et le Président a été accusé de ne pas être né aux USA et d’avoir menti sur son certificat de naissance), Barack est au-dessus de la mêlée. Au dîner des correspondants de presse de la Maison Blanche de 2011, il fait son entrée sur « Born in the USA ».

Dans la plupart de ses discours, il n’hésite pas à faire des blagues et à avoir recours à l’auto dérision. Ses meilleurs moments sont souvent aux White House Correspondents Dinner, le traditionnel dîner avec la presse accréditée de la Maison Blanche.

Le speech de son dernier WHCD est à voir absolument. Jusqu’à la fin ! (sous-titres anglais)

Les déceptions et actes manqués ne manquent bien sûr pas au bilan du Président Obama : la Syrie, Guantanamo, le contrôle des armes, et des inégalités encore bien présentes. Mais on voulait ici éclairer les avancées. Quoiqu’il en soit, les mandatures Obama sont un tournant dans l’Histoire des Etats-Unis.

C’est cela que beaucoup retiendront d’Obama : le premier « Black President », un mec cool, sympa, bosseur et compétent. Un type qui en aura charmé plus d’un, à gauche comme à droite. Un homme qui aura suscité de grands espoirs, qui ne les aura pas tous honorés, mais qui aura fait de son mieux pour amener un peu plus de justice sociale dans son pays, de droits pour les minorités, et qui aura mieux relevé son économie que la plupart des pays occidentaux. Il a surtout fait ce qu’il a pu dans un Etat encore marqué par des tensions sociales et raciales fortes, et un libéralisme très fort, pas toujours étranger aux inégalités économiques.

Ecrit par Déborah Liss

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