Demain, un beau film pour dénoncer et se bouger aujourd’hui!

Demain, un beau film pour dénoncer et se bouger aujourd’hui!

Demain est sorti début décembre 2015, et il est encore à l’affiche, pour la 12e semaine consécutive. Surpris mais enchantés, les réalisateurs Cyril Dion et Mélanie Laurent sont venus récupérer leur César vendredi 26 février sur la scène du Châtelet.

Jusque là, ils écumaient les plateaux et annonçaient la sortie du film en Allemagne, en Australie, au Portugal, en Amérique du Sud, et encore d’autres pays.
Demain s’étend, et c’est tant mieux. Ce documentaire à petit budget sorti juste après la COP 21 a pour sujet le réchauffement climatique et ses conséquences, et surtout les solutions qui existent pour le combattre. Il explique le système dans lequel chacun est impliqué et comment passer de ce cercle vicieux en cercle vertueux. C’est suite à une étude (en 2012, dans la revue Nature, par une vingtaine de scientifiques) qui annonçait la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100 qu’ils ont décidé d’agir. Ils ont parcouru dix pays pour comprendre les causes possibles d’une telle catastrophe à venir, et comment l’éviter.

Voilà pourquoi il faut voir Demain, et continuer de partager sa dynamique et ses solutions concrètes :

L’importance de soulever l’urgence climatique

Ce qui fait qu’on kiffe ce film c’est qu’il adresse une question éminemment importante, qui devrait être une priorité majeure pour les gouvernants, quelque chose dont les gens se foutent parce que ce n’est pas sexy, ni engageant, parce qu’il faut faire des efforts. Demain n’a que faire des efforts, et réussit à attirer l’attention des gens sur une urgence qui doit mobiliser quoiqu’il en coûte. Devenu un véritable phénomène de société, Demain en est à sa 12e semaine en salle et leurs réalisateurs courent les plateaux et les interviews pour répandre la bonne parole. Ça c’est de l’action concrète! Fidèle à ce qui est au cœur du film, ses créateurs prouvent que le changement peut et doit venir d’en bas, des initiatives de chacun, et les acteurs de la culture ne font pas exception. Demain est un véritable projet innovant qui par son rayonnement et son format attrayant fait entrer l’écologie dans les têtes de manière beaucoup plus efficace que les campagnes gouvernementales et les lois.

Le film dresse donc des constats : l’agriculture de masse rencontre des limites, la surpopulation n’est pas tenable, le réchauffement climatique atteint des mesures inédites, les dérèglements météorologiques conduisent à des catastrophes naturelles et donc humaines, les énergies fossiles ne seront pas éternelles et la plupart des industries menées aujourd’hui à outrance détruisent la planète. En même temps, il adresse chacune des problématiques en y alliant des exemples de solution, montrant qu’aucun de ces (graves) dangers qui nous touchent n’est une fatalité. Le documentaire est divisé en 5 chapitres : agriculture, économie, énergie, démocratie, éducation. Ils expliquent pourquoi tous ces champs sont liés, quels sont les problèmes et comment y remédier.
Comme l’explique Mélanie Laurent : « Nous ne sommes plus dans une zone de confort, et, pour autant, nous ne sommes pas encore dans l’effondrement. Nous sommes dans une phase particulièrement inspirante : nous savons que nous allons nous prendre un mur et c’est le moment de nous mobiliser ».

Redonner des clés, du courage et de l’espoir avec des projets positifs

Avec ce tour d’horizon des domaines d’action, Demain présente à chaque fois des projets concrets et innovants, et par là donne autant de l’espoir que la voie à suivre.
En France, ils parlent d’agriculteurs bio qui pratiquent la permaculture en Normandie. Leur système se révèle plus rentable que la monoculture, et on nous dit que l’agroécologie permettrait de doubler les rendements agricoles dans les dix ans à venir… A se demander pourquoi on ne fonctionne pas exclusivement comme ça!
Aux Etats-Unis, on découvre le mouvement d’agriculture urbaine de Détroit où 1600 fermes se sont développées, pour produire leur nourriture sur place et de manière pérenne, et se sortir ainsi de la pauvreté dans laquelle la crise (entre autres), les a plongés.
En Grande-Bretagne, le mouvement des Incroyables comestibles à Todmorden réinvestit tous les petits coins inutilisés de la ville pour y planter des légumes. Tout le monde peut se servir, et leur but est d’atteindre l’autosuffisance alimentaire.
De retour aux Etats-Unis, Demain nous emmène voir San Francisco, qui tend vers le zéro déchet en réutilisant les ordures, notamment comme compost. Dans ce volet sur l’énergie, on part aussi vers le Danemark et plus loin, où on nous montre toutes les possibilités des nouvelles énergies, qui rendront bientôt l’Islande autonome énergétiquement.
Sur le plan de l’économie, on voyage en Angleterre, où une petite ville a créé sa monnaie locale, dont les bienfaits sont expliqués par la Banque Wir en Suisse, seule banque qui émet une monnaie complémentaire à assez grande échelle (mais qui ne reprend pas les caractéristiques d’une banque classique avec réutilisation de l’argent de ses clients).
On s’intéresse ensuite aux pouvoirs des citoyens et à des systèmes de démocratie directe, en Inde et en Islande.
Le dernier volet concerne l’éducation, où une école en Finlande est montrée en exemple pour son modèle d’enseignement « fondé sur la bienveillance ». On réalise que logiquement, si seuls les citoyens peuvent changer le monde, il faut qu’on leur donne les armes et qu’on les éduque à un certain esprit d’initiative et de coopération.
L’équipe est allée rencontrer encore d’autres personnages et initiatives dans ces domaines d’action.
Elle présente aussi plusieurs personnalités expertes qui expliquent pourquoi et comment on doit changer, comme Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Vandana Shiva, militante et activiste indienne, ou Pierre Rabhi, philosophe, écrivain et fondateur des colibris avec Cyril Dion. C’est important de voir qu’il y a des leaders dans  ce domaine, des gens engagés et experts qui peuvent mener la cause de l’écologie plus loin, et qui donnent à la fois des données concrètes et des éléments de langage pour comprendre, convaincre et agir.

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Quelques artisans du changement, des Colibris à la démocratie participative en Inde, sans oublier le zéro déchets à San Francisco

Le film révèle surtout qu’il y a des choses tout à fait faisables et pas si compliquées, que ce qu’on nous dit n’est pas toujours vrai, que parfois le mieux, le sain, rejoint le simple, le plaisir, et n’est pas forcément cher.
Demain incarne son projet depuis le début, représentant lui-même une mise en abyme de ce qu’il promeut : une initiative citoyenne, venant des gens, qui se rassemblent en masse et contribuent au changement avec des initiatives bienvenues : le film a été financé par plus de 10 000 kissbankers, et se voit prolongé par une plateforme, qui vise à continuer à partager des solutions et donne des propositions concrètes à chacun pour changer un petit bout du monde.

Ce film est au final un peu un ovni protéiforme, ce dont on a besoin pour avancer dans la société d’aujourd’hui : une oeuvre culturelle, un mouvement politique, des projets concrets, un lieu de rassemblement et d’échanges, bref un moteur dont on a bien besoin.

Un vrai beau film de cinéma, qui touche le public

Si Demain est un documentaire par opposition à ce qu’est une fiction, cela ne l’empêche pas d’être un beau film de cinéma. Loin d’une austérité parfois caractéristique de long-métrages à format reportage et interviews, on en sort avec le souvenir de beaux plans, d’une belle lumière et une belle photographie. Le film constitue en fait aussi tout simplement des belles images d’un périple, puisque les créateurs ont voyagé de par le monde : on y voit alors l’Angleterre, les Etats-Unis, l’Inde ou les paysages d’Islande. C’est un vrai voyage visuel, avec en plus toutes les qualités de ce qu’on aime voir au cinéma : un bon rythme, un bon montage, de la belle musique.

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Le fait que cela reste un film de cinéma permet ce dont toutes les associations militantes ont besoin et essayent d’atteindre souvent en vain : une visibilité, une accessibilité du message, un écho médiatique. Cela se saurait si on touchait facilement les gens avec un discours politique ou militant ou des bouquins scientifiques. Alors qu’à travers la culture, à travers un film, on peut toucher de manière beaucoup plus large et efficace les populations, qui réagissent au visuel et à l’émotion. C’est cela que le documentaire transmet, et c’est ce qui explique peut-être son succès. Avec ses plans aériens de paysages magnifiques comme d’immenses espaces aberrants d’industrialisation, le film touche directement le spectateur, et s’imprime plus longtemps qu’un simple discours. J’ai un peu oublié les mots exacts prononcés dans le film, mais j’ai bien en mémoire les images d’élevage intensif, les couleurs des potagers urbains et les autoroutes à vélo à Copenhague.

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En plus, ce vrai beau film a donc été récompensé par la cérémonie qui célèbre le cinéma français. Avec ce César, c’est la légitimation de tout le travail effectué pour ce film, affirme Cyril Dion. C’est la légitimation de toutes ces initiatives rassemblées, c’est la reconnaissance d’un travail de recherche et de mise en image, de la volonté de faire se ramener sur le devant de la scène une cause primordiale et pourtant jamais vraiment investie comme une priorité : préserver la terre, notre environnement et notre santé, et espérons-le, vivre mieux demain.

Ecrit par Déborah Liss

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