Deux ans sous présidence Hollande, bilan provisoire ?

Deux ans sous présidence Hollande, bilan provisoire ?


On a l’impression que le pays entier le déteste, que le début de son mandat est un naufrage total, et qu’on se demande dans quels méandres il va encore nous descendre pendant trois ans. Hollande est loin d’être populaire, il s’est mis à dos les cathos intégristes, les bonnets rouges, les gens d’extrême-droite, d’extrême-gauche, de droite évidemment, mais aussi de gauche, bref, les Français sont déçus, en colère, sceptiques, désespérés. Alors après deux ans de présidence Hollande, qui pourrait encore le défendre ? 
Il cherche lui-même
Le fait est qu’à y regarder de plus près, on a quelques raisons de satisfaction, même s’il y a aussi de quoi râler. 
Impôts, pouvoir d’achat, chômage : Hollande fâche sur les questions économiques 
Au-delà de ce qui peut engendrer un « Jour de colère » chez les Manifs pour tous, ce qui semble faire le plus de mécontents est d’ordre économique : ces deux dernières années, on ne peut pas dire que la fiscalité ait baissé, bien au contraire : fin de certains avantages fiscaux (niches fiscales plafonnées et baisse du quotient familial), hausse de la TVA, volonté de taxer plus les plus hauts revenus avec une hausse de l’ISF et la tentative de «Taxe à 75% »… L’écotaxe a aussi été très mal accueillie et fait finalement l’objet d’une marche arrière.
 
Le chômage n’a pas non plus baissé, le gouvernement n’a pas réussi à « inverser la courbe ». Peut-être n’auraient-ils dû rien promettre, au lieu de se ridiculiser en annonces répétitives pour dire que ça allait venir. Ils ont pourtant essayé, avec des mesures comme les emplois aidés, les contrats d’avenir, et les plans de formation d’urgence pour les chômeurs, mais ça n’a pas suffi. On attend de voir ce que peut donner le pacte de responsabilité proposé par Hollande, qui consisterait en une baisse des cotisations patronales en échange de plus d’embauche.
Tout ça participe d’un climat présent depuis la crise : sans jamais dire que c’est l’austérité, on ne parle plus que d’économies et d’efforts à faire de la part de tous. En résumé, et c’est ce qui se retrouve dans le plan d’économie de Valls, on observe une hausse des impôts pour un peu tout le monde, la baisse des salaires et du nombre des fonctionnaires, la non-revalorisation des prestations sociales (dont les retraites), bref, c’est la crise. Finalement la classe moyenne râle de payer plus d’impôts, et perçoit que les plus riches n’ont pas été autant « matraqués » que prévu, après la censure par le Conseil Constitutionnel de la taxe à 75% et sa commutation en taxe pour les sociétés payant des salaires de plus d’1 million d’euros par an.
Autre promesse non tenue : l’indexation du SMIC sur la croissance, finalement abandonnée. Alors voilà, non seulement les gens sont rarement heureux en voyant leur pouvoir d’achat baisser et leurs impôts augmenter, mais ces mesures ont sûrement aussi fait des déçus parmi les gens qui ne s’attendaient pas à ce qu’un président de gauche mène une politique de rigueur et d’économie, bien que Mitterrand ait prouvé le contraire dès 1983.
Ce qui est fort, c’est que le président Hollande ait réussi à rassembler dans le mécontentement à peu près toutes les tranches de la population dans à peu près tous les domaines, même si les objets de plaintes ne sont pas toujours les mêmes. Sur les questions de société, il y a des déçus partout.
La réforme scolaire Peillon s’est mis à dos les profs et les parents d’élève avec des mesures pas très pratiques et difficilement applicables, et tellement bien faites que le nouveau Ministre va revenir dessus.
Autre déception : la promesse du droit de vote des étrangers aux élections locales, tout simplement oubliée, mise sous le tapis, allez on n’en parle plus.
Puis vient le thème de la famille : les associations féministes et LGBT (et pas qu’elles) attendaient beaucoup du gouvernement après le Mariage pour tous. Mais sorti épuisé de deux ans de manifs rose et bleu, il a, au pire, reculé, et au mieux, stagné : la PMA à la poubelle, la GPA n’en parlons pas, et la Loi sur la famille de Bertinotti, qui comportait principalement un statut du beau-parent et une réforme du congé parental, reportée. Grosse déception et incompréhension donc, devant un gouvernement qui avait tenu le cap face aux réactionnaires, et qui fait ensuite marche arrière devant eux, en « reportant » (=abandonnant) le vote d’une loi qui ne comportait rien de ce que les manifestants fourvoyaient : PMA, GPA (PPDA ?) etc. Conclusion ? On met à la porte un projet de loi étoffé et innovant pour donner un signal à des agités qui craquent depuis deux ans et leur dire « Oui oui on vous a entendu », et on vous donne l’occasion de crier à la victoire en nous mettant à genoux sur votre terrain, la famille. Et je ne parlerai même pas d’une avancée sur la fin de vie, après que le rapport commandé sur le sujet n’ait eu aucune suite pour le moment, et donc pas d’avancée sur l’euthanasie.
La politique étrangère est vraiment moins catastrophique, mais a eu son lot de critiques aussi : fallait-il vraiment intervenir au Mali, en Centrafrique ? Est-ce le retour de la « Françafrique » ? D’un autre côté, on entend aussi dire qu’il faut intervenir en Syrie. Tout du moins, on peut critiquer l’apathie des pays occidentaux, symbolisée par les interventions maladroites du gouvernement : en assurant que l’utilisation d’armes chimiques serait une cause légitime d’intervention directe, les Français et Américains auraient mieux fait de se taire, si c’était pour faire preuve d’une telle contradiction et d’un tel immobilisme face au dossier syrien. Il est clair qu’on ne s’attendait pas à ce qu’ils agissent seuls, on sait très bien que les vetos de la Russie et de la Chine à l’ONU empêchent toute résolution effective et que la situation complexe sur place pousse les puissances occidentales au statu quo. Alors si on sait qu’on ne pourra rien faire, autant ne pas l’annoncer.
Autres déceptions : la réception avec les honneurs du Président Chinois, ou l’inertie de l’Etat Français dans le soutien à la paix en Israël-Palestine, pourtant promesse de campagne.
Voilà pour les causes et occasions légitimes de déception, de colère ou, parce qu’on est Français, de râler. 
Les questions sociales, des avancées à saluer 
Maintenant, il faut aussi voir que tout n’est pas raté, et que l’élection de François Hollande a quand même permis des avancées. Si on n’est pas sûr que tous les élus tiennent parole, la loi abolissant le cumul des mandats est une avancée importante. A l’heure où 80% des députés exercent un mandat local, il était important de faire en sorte que nos élus fassent un unique job à fond plutôt que 12 boulots partiellement ou pas du tout (sauf pour la paye). En espérant que la loi ne reste pas ineffective, on peut déjà se réjouir de son vote. Sur le plan éthique, on retiendra aussi la baisse immédiate des salaires du Président (augmenté de 172% sous Sarkozy), du Premier Ministre et des Ministres. Dans le même registre de la fin des extravagances de Chef d’Etat, on peut saluer la fin des commandes de sondages d’opinion par l’Elysée (zéro depuis mai 2012), ou encore la réforme de la nomination des patrons de l’audiovisuel : choisis par le Président à l’époque de Sarkozy, les patrons de Radio France et France Télévisions le sont maintenant par le CSA depuis Hollande.
Mais les plus grandes avancées se sont faites sur les questions sociales. En ce qui concerne l’immigration, Valls a dans un instant de lucidité supprimé la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers, et supprimé le « délit de solidarité ».
En matière d’égalité homme-femme, le simple fait d’avoir introduit un Ministère du Droit des femmes, puis la loi sur l’égalité hommes-femmes votée récemment sont un beau progrès, puisque vont être mises en place des mesures touchant à l’égalité en entreprise (réforme du congé parental, lutte contre le plafond de verre), à la violence faite aux femmes, aux impayés de pension alimentaire, et à la parité. C’est aussi cette loi qui supprime le terme « détresse » dans le texte garantissant le droit à l’avortement, renforçant ainsi sa protection. C’est un Ministère actif et innovant que nous donne à voir Najat Vallaud-Belkacem, avec des actions extra-législatives comme le « Concours EgalitEe », l’appli « Leadership pour elles » ou le simulateur de pensions alimentaires. C’est aussi le MDDFemmes qui est à l’origine des ABCD de l’égalité, et tente donc avec raison de lutter contre les stéréotypes en les renversant à la racine, en espérant contribuer à une société plus juste et moins discriminante.
 
Mais LA réforme de société c’est bien sûr le Mariage pour tous et l’adoption étendue à tous les couples. Même s’il y a eu beaucoup de mécontents, je pense que c’est une grande avancée, qui va contribuer à faire évoluer la société et les mentalités, en tout cas je l’espère. C’était une belle promesse et c’est devenu un bel accomplissement, une véritable bonne nouvelle et un espoir de voir les choses s’améliorer. La loi du 23 avril 2014, c’est un grand pas vers le progrès, c’est la France qui rattrape son retard intolérable en terme d’égalité, c’est vraiment, vraiment une bonne chose.
L’autre bonne réforme de Taubira, c’est la réforme pénale dont le but est principalement de désengorger les prisons françaises et de mieux accompagner les détenus. Les mesures principales sont les suivantes : suppression des peines planchers introduites sous Sarkozy, encouragement aux peines alternatives à l’incarcération, facilitation des libérations conditionnelles, et créations de postes dans les Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation pour alléger le nombre de dossiers par conseillers. Cette réforme devrait être votée en juin.
On peut également citer d’autres réformes dont on parle moins, notamment celle concernant la formation des professeurs des écoles. L’IUFM est devenu l’ESPE (Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education) et on a réintroduit le stage à la fin de la formation, pour la rendre plus professionnalisante à nouveau. C’est une bonne chose, car l’objectif est d’avoir des instit’ mieux formés et préparés.
Dans un autre registre, la lutte contre la fraude fiscale, promesse de campagne, est en bonne passe d’être tenue, au moins dans les moyens mis en œuvre. Un texte voté à l’automne dernier  prévoyait des sanctions plus fermes contre les fraudeurs, l’établissement d’une liste officielle des paradis fiscaux, des moyens renforcés pour la police et la création d’un parquet financier spécialisé dans les délits financiers.
Celui qui a poussé à renforcer la lutte!
On peut à nouveau finir avec l’étranger, qui n’est pas exempt de succès non plus. On dirait presque que c’est le secteur ou le Président a essuyé le moins de critiques et sur lequel la classe politique s’est le moins clivé. Il faut dire que l’intervention au Mali a été plutôt réussie, étant donné que les forces françaises et maliennes ont réussi à bouter les djihadistes hors du Nord du pays, tout en faisant tomber un des chefs principaux d’Aqmi, Abou Zeid.
Voilà pour le bilan du début de mandat du Président Hollande, bien que non exhaustif et sommaire. Mais si ça vous intéresse, le Parisien passe icien revue les 15 promesses du « Moi, Président de la République », dont la plupart ont été tenues.
Finalement, les deux premières années de présidence Hollande ne sont pas une surprise : le seul terrain de différenciation entre les grands partis de droite et de gauche aujourd’hui est bien les questions sociales. Car quand il s’agit d’économie et de finance, le PS se rapproche de sa droite, fait de la rigueur, adopte comme priorité de faire des économies pour rattraper le déficit et rembourser la dette. On a donc des déçus à gauche, mais en fait des mécontents partout, parce que comme c’est un gouvernement de gauche tout de même, les impôts ont augmenté. C’est donc sur les sujets de société que se différencie le gouvernement PS, avec ces avancées sociales dont on peut se réjouir. Quitte à avoir la même chose sur le plan économique et parfois en matière de politique étrangère, je préfère quand même les progressistes aux conservateurs.
Ecrit par Deborah L

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