Easyjet, Ryanair : on y court sans hésitation, mais…

Easyjet, Ryanair : on y court sans hésitation, mais…

On n’a toujours pas retrouvé tous les restes du fameux avion disparu de Malaysia Airlines. Les crashs d’avion, c’est une hantise de l’imaginaire collectif, et en même temps, ils fascinent. Sauf que dans la perspective où ça pourrait nous arriver, on n’en mène pas large. D’où tous ces gens qui ont une peur bleue de l’avion, et les polémiques récurrentes sur les compagnies low-cost, le manque de sécurité, le manque de confiance dans Easy Jet et autres Ryanair (bien que la majorité des accidents connus, c’est plutôt Air France et compagnie)…
 
Pourtant, le succès des compagnies low-cost n’est plus à démentir : Easyjet est la 2ecompagnie en France en termes de voyageurs. Ryanair est la 2ecompagnie en Europe, avec plus de 70 millions de passagers par an ces dernières années. D’autres petites compagnies se sont développées : peut-être avez-vous entendu parler de Wizz, Volotea, Vueling, ou encore Flybe… Et ce qu’on craint pour la sécurité des voyageurs ne se vérifie pas forcément. Par contre, il est certain qu’il y a un revers de la médaille, nul n’ignorant les polémiques qu’il y a eu sur les conditions de travail des employés chez Ryanair.
  
Alors voilà, un seul article cette semaine sur un sujet qui m’inspire à la fois du négatif et du positif. 
 
La démocratisation du transport aérien et la floraison de compagnies low-cost 
 
Parce que Easyjet et Ryanair, c’est quand même hyper pratique. Voyager dans quasiment toute l’Europe pour plus ou moins 100€ l’aller-retour, c’est quand même sympa. Le développement du low-cost, c’est la démocratisation de l’avion comme moyen de transport. C’est permettre à beaucoup plus de gens de prendre l’avion pour se déplacer, ouvrant ainsi des perspectives de voyages et d’échanges peut-être impossibles auparavant. Comme dirait ma mère, « avant on n’avait pas des billets d’avion à 100€ ! L’avion c’était un luxe ! » C’est vrai. Et maintenant les gens le prennent régulièrement pour le travail, les jeunes en profitent plusieurs fois dans l’année pour leurs vacances, et les relations à distance font croître le trafic une à deux fois par mois. L’avion, ça reste un gros budget, mais avec les low-cost, on le prend comme le train, comme ça, juste pour le week-end. D’autant plus que loin d’être restées des substituts à bas prix des grandes compagnies aériennes, ces compagnies britannique, irlandaise et leurs petits se sont développées de manière exponentielle. Easyjet est présente dans plus de 100 villes en Europe, de la France à la Pologne en passant par l’Estonie. Son premier concurrent, Ryanair, s’est étendu de manière similaire, dans à peu près les mêmes pays, mais pas toujours dans les mêmes villes.
 
Alors non seulement on paye moins cher qu’avant, mais on peut aller plus loin qu’en train, ou au même endroit, mais parfois pour le même prix ou moins cher ! J’ai depuis longtemps abandonné le train pour des voyages à travers l’Europe, la différence de prix ne laissant pas de place à l’hésitation. Pour moi, le train reste bien pour le local, pour traverser la France (et encore !), mais au-delà, l’avion est devenue la meilleure alternative ! En plus de gagner de l’argent, on gagne énormément de temps (c’est là où cela reste plus judicieux pour les trajets transnationaux, parce que pour voyager en France, avec les 3h en avance à l’aéroport, l’enregistrement, la navette aéroport-ville etc, on a plus vite fait de sauter dans un train !). Surtout, les compagnies low-cost semblent exercer une certaine pression à la baisse des prix sur les autres compagnies, à l’image de l’arrivée de Free sur le marché mobile français. J’ai pu par exemple prendre plusieurs fois des avions Swiss Air ou Aer Lingus (compagnie irlandaise), pour des prix assez similaires à ceux de Ryanair ou Easyjet. Alors oui grâce à ces compagnies j’ai pu aller très facilement à Berlin, Rome, ou Göteborg, j’ai pu faire Dublin-Paris plusieurs fois et prendre l’avion très très souvent durant mon année Erasmus. C’était bien pratique ! 
 
 
Pub de Transavia, clin d’oeil au Mariage pour tous et témoin de la démocratisation du voyage aérien
 
Environnement, Conditions de travail, options payantes : le revers de la médaille
 
 Mais alors mon bilan carbone, laisse tomber. Pour ça l’avion c’est quand même une abomination, pour paraphraser Christine Boutin. Il suffit de le prendre une fois pour exploser sa « carbon footprint » On peut la calculer ici. Je ne l’ai pas encore fait, même si je sais que la quantité de CO2 ne me dira pas grand-chose sans élément de comparaison. Par contre ce qui est marrant c’est qu’on peut ensuite décider de compenser pour alléger notre conscience et faire un peu de bien à la planète, en donnant de l’argent pour planter des arbres ou favoriser les éoliennes. En tout cas, pas besoin d’être un expert pour se rendre compte que l’avion c’est pas le moyen de transport le moins polluant qui existe.
 
En dehors de ça (si la cause environnementale, franchement, vous vous en foutez), il faut voir comment Ryanair et ses copains se foutent bien de notre gueule, nous, clients. Parce que l’expression low-cost ne reste en fait vraie que quand vous ne prenez pas de bagages en soute, ne consommez rien, ne choisissez pas votre siège etc. En gros, tous les services en dehors du droit de s’asseoir sur le siège et de se faire emmener quelque part, c’est de l’extra, et c’est payant. C’est simple, un bagage de 20kg en soute chez Ryanair, et vous pouvez rajouter 35€. Chez Easyjet, environ 20€. C’est dans ces cas-là que ça revient même moins cher de prendre une compagnie comme Swiss Air où le bagage en soute est compris dans le prix, et où on vous sert à boire et à manger GRATUITEMENT (le ton avec majuscules correspond à la réaction que j’ai eu quand on m’a proposé une boisson et à grignoter gratis). Le principe est donc de gratter de l’argent partout où ils peuvent, de récupérer ce qu’ils n’ont pas eu sur le prix des billets. Vous est alors proposé de payer en plus pour : une assurance annulation, la consommation à bord, le choix de votre siège, un pass coupe-file, l’envoi des détails de vol par sms, une place de parking à l’aéroport, une réservation de navette, etc. Sans compter qu’évidemment, par la magie d’internet, le prix à l’arrivée quand vous confirmez définitivement vos billets n’est JAMAIS le même que celui affiché au départ. Mais tout ça participe d’une politique globale qu’on ressent bien quand on est client de ces compagnies : vous ne payez rien, alors n’exigez même pas un service minimum. La preuve, si pour un vol Ryanair vous oubliez d’imprimer votre billet électronique, vous ne pouvez pas juste vous pointer à l’aéroport avec votre nom, ce qui est techniquement laaaargement possible depuis l’avènement des billets électroniques. Non non. Vous devez payer 70€ en plus, pour qu’ils veuillent bien vous donner une carte d’embarquement. A prix bas, service à peu près inexistant. Voilà pour le côté On vous entube à chaque occasion.
 
 Comment Ryanair vous plume
 
Mais il y a nombre d’autres éléments qui nourrissent le rang des mécontents du low-cost. La question de la sécurité justement, est souvent soulevée. On considère les avions des compagnies low-cost comme des petits jouets fragiles, moins contrôlés et surtout moins entretenus que ceux des grandes compagnies. C’est vrai que dans une perspective de rationalisation maximale des coûts, il serait logique que Ryanair ne se soucie pas d’une fiabilité parfaite. C’est ce qu’ont soulevé à plusieurs reprises des pilotes du groupe irlandais, expliquant qu’il manquait parfois de carburant, ou encore que les pilotes sont en général encouragés à ne pas rapporter les petits incidents, ce qui empêche une amélioration de la sécurité. Pourtant, l’autorité irlandaise chargée du contrôle de la compagnie (l’Irish Aviation Authority) semble affirmer qu’il n’y a pas de problèmes majeurs. La sécurité n’est peut-être pas plus négligée chez Ryanair que chez Air France. Chez Easyjet, pas de problème particulier, et on entend dire qu’elle est l’une des compagnies aériennes les plus sûres… Il est vrai que le seul avantage des surcoûts pour tous les extras est qu’ils sont la principale source de « rattrapage » financier des low-cost, avec la masse et le coût salariaux, et que ces groupes ne se rabattent donc pas forcément sur la sécurité.
 
La dénonciation du côté obscur de Ryanair
 
L’autre « dark side » de ces groupes, c’est comme évoqué au début, les conditions de travail des employés. Les clauses des contratschez Ryanair sont assez hallucinantes : pas de congé maladie, les heures au sol non payées, les heures supp’ non payées, l’obligation d’être d’astreinte un jour par semaine et disponible dans l’heure, la non-indemnisation des coûts de trajet dans ces cas-là, l’annulation des vacances de l’employé par l’employeur, le coût de l’uniforme retenu sur le salaire, et j’en passe. Ces choses-là sont possibles car Ryanair peut faire travailler ses employés sous le droit du travail irlandais (qui a l’air super cool !), car techniquement, ils sont basés à Dublin. Les alertes face aux conditions de travail chez Ryanair sont plutôt récurrentes et la compagnie a dû faire face à plusieurs plaintes, comme celle concernant un « travail dissimulé et emploi illicite de personnels naviguants» à sa base de Marseille en 2011.
 
Finalement, les compagnies aériennes, c’est comme tout : ce qui n’est pas cher a un côté « obscur » : c’est pareil pour l’industrie du vêtement, pour l’industrie alimentaire et en particulier celle de la viande. Si c’est moins cher, c’est souvent de mauvaise qualité et ça implique quelque part la souffrance d’un être vivant où la négligence de règles de santé, de sécurité, ou de normes écologique. Mais d’un autre côté, on est humain, étudiant, et pas riche, et c’est tellement tentant et pratique de sauter dans un avion orange ou bleu/jaune dégueu avec son bagage cabine et d’atterrir une ou deux heures plus tard en Irlande, en Espagne ou en Pologne…
 
Ryanair et Easyjet c’est vraiment bien sur le coup, on est bien contents de partir en vacances moins cher. Mais au final les inconvénients sont pour nous, pour les employés de ces compagnies et pour la planète. Comme pour tout, il s’agit de faire un arbitrage à peu près satisfaisant entre ce qu’on aimerait faire et ce qui est la bonne chose à faire…
Ecrit par Deborah L

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