Harcèlement, slut shaming, stéréotypes : la femme du 21e siècle n’est toujours pas épargnée… [Coup de gueule féministe #1]

Harcèlement, slut shaming, stéréotypes : la femme du 21e siècle n’est toujours pas épargnée… [Coup de gueule féministe #1]


Petit coup de gueule sur un problème bien grand : la façon moyen-âgeuse dont une partie de la société voit encore les femmes. Liste non exhaustive donc, sinon il faudrait y passer des semaines. Simplement un panorama de ce que doivent encore subir les femmes aujourd’hui, que ce soit dans la rue, dans les médias, à l’école ou au travail.
Pour commencer, je crois qu’il peut être bien de rappeler à nos homologues masculins ce que c’est d’être une fille au quotidien, parce qu’ils ne s’en rendent sûrement pas compte, et parce qu’une partie d’entre eux est acteur de ces comportements qui nous nuisent.
  
Déjà, il faudra que quelqu’un m’explique un jour ce qu’espère ce mec dans la rue quand il t’interpelle, quand il te dit juste bonjour, quand il te klaxonne, quand il dit « Vous êtes charmante », quand il te mate tout le temps que sa voiture te passe devant. Est-ce qu’il croit qu’on va s’arrêter et lui dire : « Dis donc tu me plais, si je montais dans ta voiture et qu’on allait chez toi ? » Franchement, interpeller chaque fille qui passe, A QUOI ÇA SERT SÉRIEUX ? A part à nous emmerder ? Il faut savoir qu’une fille vit ce genre de choses très fréquemment, au moins une fois par semaine, il suffit de marcher dans la rue. Et inutile de dire à quel point c’est… relou. Et puis j’ai été soft, mais on part vite dans du harcèlement moins « gentil », certains ne se gênant pas pour vous dire ce qu’ils aimeraient vous faire, peu importe votre avis.
   
Une fois qu’on s’est habituées à ça, on doit encore faire face au sexisme quotidien, notamment dans les médias, comme l’ont si bien montré les commentateurs de France Télévisions lors des JO de Sotchi. Je vous laisse apprécier : Candeloro d’abord : à propos de Kaetlyn Osmond (médaillée d’argent en équipes) : « Je connais plus d’un anaconda qui aimerait venir l’embêter un petit peu cette jeune Cléopâtre canadienne… »
 Commentant la performance de Valentina Marchei (quadruple championne italienne) : « Ah, elle a beaucoup de charme Valentina, un petit peu comme Monica Bellucci. Peut-être un peu moins de poitrine, mais bon… » 
 Sur Aliona Savchenko : « En 2006, j’avais fait une petite allusion à son joli petit postérieur… Sa morphologie n’a pas tellement changé ! »
Puis l’échange entre Patrick Montel, Laurent Luyat et Fabrice Guy sur Coline Mattel, lors de son saut à ski :
« D’autant que tu me dis que c’est très compliqué d’entraîner les… les sauteuses (Montel)
— Les gonzesses ? ah oui ! (Fabrice Guy)
— Pourquoi, pourquoi ?
— Pourquoi, pourquoi ?! (il sourit) parce que… C’est des filles qui sont en pleine puberté… C’est des filles qui aiment bien…un petit peu… sortir … Qui aiment un petit peu… Elles veulent un petit peu… se faire taquiner par les garçons quoi ! Donc euh… (rires sur le plateau)
— C’est du romantisme ! (Laurent Luyat, l’animateur, intervient)
— Ben oui ! voilà ! Donc y a des fois, ça passe par la fenêtre, donc euh… Jacques [Gaillard, son entraîneur, NDLR] y dit « tu veux pas aller voir », j’dis nan nan, je vais pas voir, je suis pas l’entraîneur de tes filles, donc euh c’était un petit peu rigolo en… En Turquie, c’était.
— C’est à dire ?
— C’est à dire que… Coline, de temps en temps, elle découche quoi !
— Ah bon d’accord !
— Elle fait le mur ! (Laurent Luyat)
— Elle fait le mur ! (Fabrice Guy)
— Ah ouais c’est ça. Et il le sait ? (Laurent Luyat)
— Ben il le sait mais il ferme les yeux
— Et alors il fait comme Guy Roux, il va la chercher en boîte ? (Montel)
— Ben nan, il envoie justement ses adjoints, quoi ! Et moi j’ai dit nan j’fais pas ça !
Moins flagrant mais tout aussi grave selon moi : à un retour en plateau pour accueillir une skieuse française venant de gagner une médaille, Nelson Monfort rend l’antenne en disant qu’en effet, elle n’est pas seulement très jolie, elle est aussi très douée. Fallait-il préciser qu’elle était jolie ? Imagine-t-on un instant entendre d’un athlète qu’il est non seulement très beau mais aussi très talentueux ? Il est impressionnant de voir à quel point la femme n’est toujours pas considérée comme le simple égal de l’homme, avec des compétences, ici en sport, qui sont les seules à devoir être commentées . Dans une moindre mesure, peut-être vous rappelez-vous l’animateur radio de France Inter demandant à Aurélie Filippetti si elle avait boudé tel événement (à 00:59) et elle s’indignant hors antenne, disant qu’on n’aurait pas utilisé ce terme pour un homme. Certains ont ensuite dit qu’elle s’offusquait pour rien, qu’il ne fallait pas abuser etc. Je reste pour ma part convaincue qu’on lui a dit cela parce qu’elle était une femme. Et que non, cela n’est pas normal, et que non, il ne faut pas arrêter de s’indigner, notamment contre ce genre de commentaires qu’on a eu aux JO.
  
En même temps, ce n’est pas avec la représentation de la femme dans les médias qu’on va faire avancer les choses. Je ne vais pas m’étendre dessus car on pourrait aussi en parler des heures, mais la femme dans les publicités est quand même magnifiquement bien présentée, avec vraiment beaucoup de respect et de recul. Quelques exemples magiques :
Une pub Numéricâble qui a soulevé des polémiques
La marque de montres allemande : « Presque aussi compliqué qu’une femme. Mais ponctuelle.« 
Une pub pour une auto-école
 Ce que j’adore aussi, ce sont les filles dans les clips de Rap, r’n’b, hip-hop etc. ça ne nécessite pas beaucoup de commentaires, je vous laisse admirer ça dans ce clip de Snoop Dogg.
Tout ça participe d’une perception globale de la femme comme personne de moindre valeur, contrôlable par l’homme et naturellement destiné à le satisfaire, et cette vision poussée à son extrême conduit malheureusement au viol, dont les femmes sont les victimes à 91%. Il y aurait en France entre 50 000 et 75 000 viols par an. Le sujet du viol en lui-même pourrait faire l’objet d’une longue étude, mais un phénomène qui lui est lié est le slut shaming, dont on peut dire quelques mots. Le problème c’est qu’une victime d’un viol, en plus des traumatismes qui lui sont liés, va souvent devoir affronter la culpabilisation, à commencer par ceux chez qui elle va porter plainte. Il y a une tendance qui consiste à faire comprendre à la femme que c’est un peu de sa faute quand même, qu’elle n’avait qu’à pas se balader à cet endroit dans cette tenue etc. C’est malheureusement une tendance assez répandue dans l’imaginaire collectif, qu’on peut même percevoir dans des commentaires affligeants sur le net par exemple. Cet article de Madmoizelle explique bien le concept.
 Le slut shaming c’est considérer que la femme provoque l’agression sexuelle ou le harcèlement, ne devrait pas s’habiller trop sexy ou avoir une attitude trop sulfureuse etc. On en est presque à dire que l’homme est un pauvre petit animal qui ne sait pas se retenir, et que c’est de la faute de la fille si elle lui donne envie, et qu’après il faudra pas s’étonner si le garçon la prend un peu trop violemment.
  
C’est en fait une culture globale qui considère que le caractère sexuel d’une fille est dégradant pour elle, qu’elle doit être bien sage ou alors s’attendre évidemment à ce qu’elle s’en prenne plein la gueule. Ça se manifeste aussi dans des choses comme le fait qu’on considère comme une pute une fille qui change fréquemment de partenaires sexuels, alors qu’un homme qui fait EXACTEMENT la même chose, c’est trop un « bogosse ». Et ça, ça me rend folle. Parce que si on part dans cette perspective, pourquoi un homme ne pourrait pas être une « pute » aussi ?
Tiens ça me rappelle que la plupart des insultes censées être dégradantes sont des mots féminins, qu’on applique à des hommes, pour les rabaisser : langue de pute, tapette, garce, mauviette etc. C’est dire la vision répandue de la femme s’il suffit d’appliquer des adjectifs féminins à un homme pour qu’il se sente insulté.
Le problème dans cette histoire, c’est que ça commence tôt, à l’école, quand les enfants sont les plus cruels entre eux. Dès ce moment-là, les filles sont considérées comme des individus moins valorisés, comme des incapables, notamment en sport, et qu’on enferme dans des cases bien définies. Les filles vont jouer à l’élastique et à la marelle et les garçons vont jouer au foot, mais si une fille veut jouer au foot ben on lui passera pas la balle parce qu’elle est forcément trop nulle. Et ce genre de conceptions se retrouvera ensuite dans son métier, ou trop souvent on considère qu’une femme n’est pas autant capable qu’un homme d’effectuer telle ou telle tâche.
C’est à cet âge là que commencent les stéréotypes dont les femmes vont faire l’objet toute leur vie : les femmes sont moins fortes, moins bonnes en sport, pas manuelles, hystériques (mais douces !), chiantes (surtout pendant leurs règles hein !), elles aiment les Disney, les Barbie et la dinette, et à Carnaval elles se déguiseront en princesse. Les garçons aiment le sport, la viande et les films d’action, ils sont tous virils et commencent par jouer au camion avant d’en conduire un. Ce genre de vision encore ééééénoooormément ancrée dans nos sociétés enferme les individus dans des catégories, brime et oppresse. 
C’est donc toutes ces choses et bien d’autres encore, que les femmes doivent subir au quotidien. Tous ces éléments ne sont pas anodins, il faut s’en rendre compte, et il faut les combattre. (On peut déjà jeter un œil au court-métrage Majorité opprimée, qui inverse les rôles pour une prise de conscience). Il ne faut pas cesser de s’indigner et de dénoncer, car ce n’est que comme cela qu’on fera avancer les choses. Pointer les commentaires et représentations sexistes sans relâche, c’est le seul moyen de faire progresser les mentalités.
Ces choses que l’on vit au quotidien, elles signifient qu’on devrait modifier nos comportements pour plaire au plus grand nombre, ou alors pour se sentir en sécurité, A CAUSE des comportements des hommes. On rentre le soir parfois en ayant peur, on évite de s’habiller de telle ou telle manière, on apprend à fermer notre gueule, et ce n’est absolument pas normal. 
Ces sujets touchent de près au thème des inégalités hommes-femmes, mais cela sera sûrement l’objet d’un prochain article plus détaillé, ici il s’agissait plus d’un coup de gueule général contre ces choses qui ne vont pas.
 
Parce qu’il y en a marre de devoir supporter encore trop souvent le harcèlement de rue, le slut shaming, les commentaires sexistes, les stéréotypes, et de voir que la moitié de la population humaine est pour certains encore considérée comme un simple objet destiné à satisfaire les hommes.
Ecrit par Deborah L

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

css.php