La Coupe du Monde de foot 2022 au Qatar, ça aurait pu être une plaisanterie…

La Coupe du Monde de foot 2022 au Qatar, ça aurait pu être une plaisanterie…

Par Ronan Le Botmel, étudiant à l’IEP de Strasbourg

 Le 2 décembre 2010, le Qatar a eu le privilège d’être le pays nommé pour organiser la 22 édition de la Coupe du Monde de Football, grand moment sportif parmi tous les grands moments sportifs. Pour nous Français, la coupe du Monde, c’est Just Fontaine qui plante 13 buts lors de l’édition de 1958 (ce qui est encore aujourd’hui un record), c’est Platini et compagnie qui écœurent le Brésil en 1986, c’est la magie de 1998, le goût amer de la défaite en 2002, la renaissance du phénix en 2006 avant le coup de boule de Zizou, la honte absolue en 2010…
Le Qatar a été préféré à l’Australie, la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis. Fort de sa puissance pétrolière, et producteur de gaz naturel, l’émirat s’est servi de sa influence financière pour s’imposer.  Les Qatariens ont bien compris l’intérêt du foot pour exister, non pas sportivement, mais géopolitiquement. « Rêvons plus grand », le nouveau slogan du PSG, dirigé désormais par Nasser Al-Khelaïfi, est symptomatique d’un nouvel état d’esprit de ce pays. C’est tout ce pays qui veut rêver plus grand.
 
 
 Le logo du mondial
 
Des doutes dès le départ
 
Pour vous résumer l’histoire commune du foot et du Qatar, hé bien… J’ai tout dit là, car il n’y a rien à dire. C’est le pays organisateur le moins peuplé à ce jour (un peu plus de 2 millions d’habitants pour un émirat un peu inférieur à la superficie de l’Ile de France), et il n’a jamais participé à une Coupe du Monde. 2014 ne fera pas exception à la règle, l’équipe nationale s’inclinant face à l’Iran en barrages. Alors, pourquoi choisir cette portion de terre aride, dans un pays où la liberté et l’égalité hommes/femmes ne sont sans doute pas les valeurs essentielles ?
Si on est idéaliste et un peu crédule, on peut penser que c’est pour promouvoir le football dans toutes les régions du monde : Coupe du Monde 2002 en Asie, 2006 en Europe, 2010 en Afrique, 2014 en Amérique Latine, 2018 chez Poutine, et 2022 dans un bout de désert au Moyen-Orient. Merci la FIFA pour ce travail de promotion du sport dans le monde entier, oui madame monsieur, le sport est un idéal universel.
Si on est un peu moins limité intellectuellement, on s’aperçoit que le Qatar est en train, à l’aide de ses pétrodollars et compagnie, de peser. Plutôt que d’être considéré comme un bout aride de désert peuplé uniquement par quelques millionnaires, il cherche une légitimité sur la scène internationale que le sport est capable de lui offrir. Le rachat par QSI du PSG en juin 2011 était un début. Et qui pour s’en plaindre ? Aujourd’hui Zlatan met des buts façon kung-fu, avant, c’était Peguy Luyindula, incapable de pousser le ballon au fond d’un but vide. Bref.
Mais acheter un club français n’était pas suffisant pour que le pays montre de quoi il est capable, or quoi de mieux que le plus grand événement sportif « footballistiquement » parlant pour crier au monde entier : ON EST DES CHAMPIONS, que l’organisation d’une coupe du monde ? Rien. Sans doute la Qatar n’a-t-il pas la prétention de la remporter, mais s’il l’organise parfaitement, ce sera déjà un premier succès.
Malheureusement, à peine le Qatar a-t-il été déclaré pays organisateur que quelques voix mécontentes se sont fait entendre. Tout d’abord, avec un peu de bon sens, on s’aperçoit que le Qatar n’est sans doute pas l’endroit le plus idyllique pour pratiquer le football. Au début, La FIFA s’opposait fermement à un décalage des dates du mondial ; mais avec des températures proches de 45°C, les conditions ne seraient pas vraiment optimales pour pratiquer un football léché avec des joueurs présents physiquement pendant 90 minutes voire plus, alors la FIFA s’est révisée, et le flou artistique domine. Mais le plus merveilleux dans cette histoire semble être la tardive découverte des températures du Qatar : les brillants membres de la FIFA ne se sont-ils pas renseignés avant la nomination du Qatar ? D’où un débat qui n’en finit pas : Coupe du monde l’été ou l’hiver ? Et si c’est l’hiver, c’est en janvier février 2022, novembre décembre 2022, ou novembre décembre 2021 ? Une refonte drastique des calendriers devra être opérée, et ça s’annonce assez folklorique à suivre.
Début janvier, Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA a assuré que le mondial 2022 au Qatar n’aura pas lieu en été mais entre le 15 novembre et le 15 janvier au plus tard. Or aucune communication ne devait être faite avant le mondial au Brésil cet été, d’où une impression dérangeante que les petits bonhommes de la FIFA sont embourbés dans une situation dont ils ne savent pas comment se dépêtrer. Et surtout, qu’aucun consensus ne se dégage entre eux, car faire du Qatar le pays hôte du mondial est une décision politique lourde de sens.
 
« Des abus oui, de l’esclavage non »
 
           
L’argent c’est cool. L’éthique et un mondial bien organisé en respectant les droits des travailleurs dans les stades et des conditions optimales pour les joueurs c’est mieux. Rien que pour le Brésil, certains émettent des doutes, dont Rivaldo, un ancien champion du monde. Selon lui le Brésil va avoir honte. Il estime que le pays a prioritairement besoin de construire des écoles, des hôpitaux, et que trop d’argent est dépensé pour un mois de compétition. Un autre champion du monde, Romario, abonde dans son sens, car avec l’argent du mondial, 8 000 écoles auraient pu être construites et 39 000 cars financés. Ou 150 000 nouveaux logements sociaux et 28 000 terrains de sport. Et lors de la Coupe des Confédérations, déjà organisée au Brésil à l’été 2013, des manifestants des classes moyennes de plus en plus appauvries se sont fait entendre.
C’est sûr que la Coupe du Monde 2006 en Allemagne soulevait moins d’interrogations. 2022 c’est loin me direz-vous. Mais à l’heure actuelle, où en est le Qatar ?
L’organisation Amnesty International, dimanche 17 novembre 2013 s’est inquiétée des conditions alarmantes de travail des ouvriers immigrés au Qatar pour préparer 2022. L’emploi des ouvriers s’apparente dans certains cas à du travail forcé. La FIFA a obtenu la promesse par les responsables du Qatar que les lois sur le travail soient amendées, mais le pays se défend d’être un esclavagiste moderne. Pourtant, les abus touchant les travailleurs expatriés dans ce pays sont légion : non-paiement des salaires, conditions de travail dures et dangereuses (le taux de mortalité suite à des accidents du travail là-bas est non négligeable), des conditions de logement scandaleuses… Et des travailleurs étrangers sont bloqués dans le pays par leur employeur, car des permis de sortie aux expatriés doivent être accordés. Les journées de travail durent 11 heures, 6 jours par semaine, et le patron n’a pas toujours la bonté de respecter la pause obligatoire entre 11h30 et 15h les deux mois les plus chauds de l’année.
 
 
 
Si le Qatar a le PIB/habitant le plus élevé au monde ($110 000 par an), c’est peut-être aussi un peu grâce à la règle du sponsor, qui interdit à tout travailleur étranger, de rompre son contrat de travail avec un tuteur, qui est souvent son patron. Les travailleurs originaires d’Asie du Sud Est représentent 80% de la population du pays ; ils rêvent de gagner de l’argent pendant quelques années dans l’émirat, pour faire vivre leur famille restée à l’étranger, et revenir ensuite pour construire leur propre maison. Mais plusieurs centaines meurent chaque année à cause des conditions de travail inhumaines. La CSI (Confédération Syndicale Internationale) considère le pays comme un Etat esclavagiste. « Davantage d’ouvriers périront durant la construction des infrastructures que de joueurs ne fouleront les terrains », a prédit Sharan Burrow, la secrétaire générale de la CSI. Quelques estimations chiffrent sur un total de 4 000 morts d’ici 2022.
Le construction des « mégastades » pour la Coupe du monde n’a pas encore commencé, mais à Doha, une ligne de métro est en travaux, des gigantesques quartiers d’habitation et un nouvel aéoroport. Les géants du BTP (Bâtiments et travaux publics) sur place, dont Vinci, vantent le peu d’accidents qu’ils ont connus. Les employés après leur journée de travail disposent de campement où sont organisées des soirées karaoké, des parties de billard… Même des psys sont à disposition, car « un employé heureux est un employé productif ». (On n’est pas loin de « Arbeit macht frei »)
Pourtant, dans les chaînes de sous-traitance, la réalité est toute autre. Certains ouvriers n’ont pas encore reçu leur permis de résidence, sans lequel ils ne peuvent pas envoyer d’argent à l’étranger, ni se faire soigner dans un hôpital public. Certains sont entassés à 8 dans une pièce de 15 mètres carré. Alors qu’ils ne doivent pas être plus de quatre par chambre et que les lits superposés sont interdits. L’eau courante n’est de plus pas toujours au rendez-vous. Tous les mois, l’employeur envoie ses ouvriers renouveler leur visa, ce qui est illégal, et si les ouvriers se font prendre la main dans le sac…
Ajoutez à cela un salaire de misère (180 euros, voire plus de 200 avec des heures supplémentaires), et mis à part le système du sponsor, si le code du travail a beau être correct d’après un ouvrier, le problème est qu’il n’est absolument pas respecté, que les inspecteurs ne sont pas assez nombreux et que la justice est trop lente.
Vis à vis des morts du travail, le gouvernement tend à minimiser le problème, en ne développant pas de comptabilité officielle. Mais les ambassades de certains pays apportent des éléments de réponse inquiétant: plus de 230 morts d’Indiens en 2012, plus de 200 pour le Népal. La plupart des décès viennent d’accidents cardio-vasculaires, d’accidents de la route, ou d’accidents du travail. Mais puisqu’aucune autopsie n’est réalisée, impossible que prouver qu’un jeune indien mort à 30 ans dans un chantier à Doha d’une crise cardiaque a succombé à cause des conditions de travail qui lui étaient imposées. Malin.
Cela dit, en héritant de l’organisation du mondial, le Qatar s’est placé tout seul sous la lumière des organisations défendant les droits de l’Homme. Moins malin.
La dernière fois qu’un pays a été destitué de l’organisation de la grande messe planétaire du foot, c’était la Colombie en 1986, au profit du Mexique. Sans doute la préparation de la Coupe du Monde en Afrique du Sud en 2010 a généré des abus, tout comme celle à l’heure actuelle pour cet été au Brésil en génère. Mais le Qatar, n’est pas vraiment un choix intelligent. En même temps si les voix de la FIFA ont été achetées…
Le Qatar, en un mot : VRAIMENT ?
Ecrit par Deborah L

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