Les Jeux de Sotchi : une catastrophe humaine, politique, sociale et environnementale

Les Jeux de Sotchi : une catastrophe humaine, politique, sociale et environnementale


 Mon premier coup de gueule ?  Les Jeux Olympiques d’Hiver de Sotchi, en Russie, qui vont se dérouler du 7 au 23 février.
Jamais des JO d’hiver n’auront été aussi controversés. Et pour cause : ils sont la preuve qu’une décision absurde du Comité International Olympique, qui nous semble presque une plaisanterie qu’on ne poussera quand même pas jusqu’au bout, peut tout à fait se concrétiser et mener à des situations tout autant absurdes, sans que ce processus ne soit vraiment enrayé.
Sotchi 2014, c’est une catastrophe écologique, humaine, sociale, et un non-sens économique.
En 2007, le Comité Olympique attribue les JO d’hiver 2014 à la candidature de Sotchi, petite cité balnéaire en bord de Mer Noire. A l’époque, il n’y a à côté, à Krasnaïa Poliana, qu’une petite station de ski, rien d’autre. En quelques années, les autorités vont entreprendre des travaux gigantesques, dont les dégâts n’en sont que trop représentatifs.
Sotchi, c’est d’abord un coût incroyable : on parle de 37 milliards d’euros. En comparaison, les JO de Pékin en avaient coûté 26. Cela n’est pas vraiment étonnant, quand on apprend que rien que la construction de la route et du chemin de fer de la banlieue de Sotchi à Krasnaïa Poliana ont coûté l’équivalent de la totalité des JO de Vancouver, soit 4,8 milliards d’euros. Il faut dire que les Russes n’ont pas lésiné sur les infrastructures : trois villages olympiques, un aéroport, deux gares, des voies de chemins de fer, des routes, des tunnels, des hôtels, des restaurants… C’est sans parler des équipements à proprement dit : depuis sept ans, une véritable station a dû être bâtie, on a du construire les remontées mécaniques et mettre en place les pistes. Surtout, un énorme chantier pour le tremplin de saut à ski a été nécessaire. Facture : 200 millions d’euros.
Ces travaux qui ont tant coûté vont être la source de dommages écologiques et sociaux catastrophiques. En 2007, il n’y avait rien. En 2014, transports routiers, trains, avions et équipements sportifs ont colonisé la région. Des réserves naturelles ont été réduites à cause des installations, et on parle de millions de déchets générés par les travaux et installations, sans avoir vraiment trouvé de solution pour les gérer. Ils sont pour l’instant pour la plupart entassés dans la « décharge olympique », 22 hectares de ramassis d’ordures, qui se déversent peu à peu dans les rivières et polluent l’eau.  Autant dire que la nature n’a pas sa place aux JO de Poutine. Tout comme les habitants du coin, victimes d’expropriations massives et abusives et relogés plus loin en barres HLM.
 Des déchets de construction du chantier de Sotchi
Des Jeux sous tension
La bonne ambiance ne s’arrêtera pas là, puisque l’on va probablement assister à des Jeux sous tension, et ce à plusieurs titres. Sotchi se situe dans une région qui a été le théâtre de violences. Des islamistes fondamentalistes opèrent sur le territoire du Nord-Caucase, et ces cellules terroristes d’origine indépendantiste tchétchène ont menacé de ne pas laisser se tenir les Jeux. Résultat : une véritable armada de forces de l’ordre sur place (on parle de 30 000 à 100 000 hommes, c’est autre chose que les 6000 policiers de Vancouver), et des délégations importants leurs propres moyens de sécurité (les Français seront ainsi accompagnés du RAID et du GIGN). Voilà pour l’ambiance. On notera aussi la polémique autour des lois anti « propagande » homosexuelle en Russie, qui plane aussi sur ces Jeux. Après quelques appels du pied de la communauté internationale, les autorités ont fait savoir que les athlètes homosexuels avaient bien sûr le droit de se rendre aux jeux, tant « qu’ils n’impos[ai]ent pas leurs habitudes aux autres », dixit le Maire de Sotchi, qui par ailleurs a affirmé qu’il n’y avait (évidemment) pas d’homosexuels dans sa ville. Rappelons qu’une arrestation a déjà eu lieu lors du passage de la flamme olympique, ou un militant brandissant un drapeau arc-en-ciel a été emmené par les forces de l’ordre.
Rien qu’un seul de ces éléments aurait suffi à souligner l’absurdité du choix de Sotchi, mais pourquoi se contenter de si peu ? Au final ce sont des Jeux chers, dangereux et très dommageables qui attendent les athlètes, qui devront tenter de faire abstraction des très fortes tensions entourant l’événement.
Il est bien triste que le choix du CIO gâte ainsi une fête censée se dérouler dans l’esprit olympique qui compte parmi ses principes la solidarité, le vivre-ensemble, le fair-play et le pacifisme. C’est un bien beau gâchis que cette édition 2014 des Jeux Olympiques d’hiver. Et il y a fort à parier, à l’image du choix du Qatar pour la Coupe du Monde 2022, que ce sont d’autres principes qui vont maintenant guider les décisions des plus hautes instances du sport international. C’est bien dommage.
Ecrit par Deborah L

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